Saviez-vous que la plus belle chanson du moment est française ? Allez, cadeau...
lundi 11 mai 2009
dimanche 12 avril 2009
RE-POS
Les trois dernières semaines ont été plus qu'agitées, avec des morceaux de bravoure tels que je pourrai finir par écrire un roman. Avant de tenter d'en résumer le principal ou de m'atteler à un chantier écrit d'ores et déjà impossible, je me repose en écoutant les plus belles voix du monde. Et rien que pour vous, un léger échantillon. A bientôt les aminches !
samedi 21 mars 2009
J'ai fait l'amour, j'ai fait le mort
Et si on passait une petite heure avec le voyageur solitaire, l'apiculteur des amours de vertige...? So long, Alain bashung...et hommage...
" A perte de vue des lacs gelés
qu'un jour j'ai juré d'enjamber
à perte de vue, des défilés,
Des filles à lever, des défis à relever,
Eviter les péages, jamais souffrir,
juste faire hennir les chevaux du plaisir...
A perte de vue du déjà vu du déjà vécu,
Volutes partent en fumée, vos luttes font des nuées,
des nuées de scrupules,
Issu de toi, issu de moi,
on s'est hissés sur un piédestal
et du haut de nous deux on a vu
et du haut de nous deux on a vu...
Les petits enfants qui tombent du balcon
toute leur enfance défile sous leurs yeux
Alors ils regardent ce qui se passe autour d'eux
Ils s'échappent, s'envolent devant les fenêtres
Tout est redevenu étrangement calme
ça cache kekchose, je l'entends plus crier mon nom
L'courant peut plus passer, si ça continue
j'vais m'découper suivant les points, les pointillés
Vertige de l'amour
J'ai longé ton corps, épousé ses méandres
je me suis emporté, transporté
par delà les abysses, par dessus les vergers
J'ai fait la cour à des murènes
j'ai fait l'amour, j'ai fait le mort
Eteins une à une les lumières
Reviens, va-t'en..."
Découvrez Alain Bashung!
" A perte de vue des lacs gelés
qu'un jour j'ai juré d'enjamber
à perte de vue, des défilés,
Des filles à lever, des défis à relever,
Eviter les péages, jamais souffrir,
juste faire hennir les chevaux du plaisir...
A perte de vue du déjà vu du déjà vécu,
Volutes partent en fumée, vos luttes font des nuées,
des nuées de scrupules,
Issu de toi, issu de moi,
on s'est hissés sur un piédestal
et du haut de nous deux on a vu
et du haut de nous deux on a vu...
Les petits enfants qui tombent du balcon
toute leur enfance défile sous leurs yeux
Alors ils regardent ce qui se passe autour d'eux
Ils s'échappent, s'envolent devant les fenêtres
Tout est redevenu étrangement calme
ça cache kekchose, je l'entends plus crier mon nom
L'courant peut plus passer, si ça continue
j'vais m'découper suivant les points, les pointillés
Vertige de l'amour
J'ai longé ton corps, épousé ses méandres
je me suis emporté, transporté
par delà les abysses, par dessus les vergers
J'ai fait la cour à des murènes
j'ai fait l'amour, j'ai fait le mort
Eteins une à une les lumières
Reviens, va-t'en..."
Découvrez Alain Bashung!
vendredi 13 mars 2009
Prof de merde !!!
La sentence est tombée. Définitive. Tel un vieux couperet rouillé.
Depuis, je doute : suis-je effectivement un "prof de merde" ? Quel est mon rôle dans ce bahut ? Le joue-je bien ? Ai-je passé déjà onze années de ma vie professionnelle à patauger dans la fange ?
Bon, ne dramatisons pas non plus, ne commencez pas à vous inquiéter pour moi, cette sombre remarque m'est venue de l'experte ès enseignement en zone difficile, la "charmante bien que professionnelle" Miléssa Clash, une des pointures de mes 6èmes BriseNoix.
Je sens poindre un début d'enthousiasme chez les plus cyniques de mes lecteurs, qui piaffent d'impatience à l'idée de lire les énormités en tous genres effectuées par cette classe. Ce à quoi je réponds : vous allez être servis.
Mardi dernier (oui, je sais, ça fait quatre jours, mais j'ai mis du temps à m'en remettre...), je sors assez en forme de la salle des profs à 8h25, café noir avalé, bonjours esquissés, sourires osés. Je suis pas arrivé sous le préau que je découvre les deux Miléssa de la classe en train de papauter discrètement, telles deux dindes sous morphine (on tape néanmoins sur les 125 décibels, et il est encore tôt...). Je leur envoie très doucement et très gentiment un : "allez, les filles, il faut se ranger, on va monter en classe" et là, la Miss Clash maugrée un "pffff allez, c'est bon, pfff, marre...c'est bon, on va y aller, c'est pas vrai..."
Je stoppe là mon haletant récit pour amener du grain à moudre dans le moulin Miléssa Clash qui tourne à plein régime : c'est le cas typique de la môme qui s'énerve pour un rien, complètement parano, qui ne supporte pas qu'on lui reproche quelque chose, et qui surtout manifeste son mécontentement de manière particulièrement outrancière, faisant passer toutes les divas et les baleines du globe terrestre pour des modèles de sobriété et de discrétion. Bref, Miléssa est caractérielle, comédienne, complexée et insupportable. Mais elle sait parfaitement quand elle a dépassé les bornes, puisqu'elle vient régulièrement s'excuser de ses comportements hystériques, avec moults rougeurs de joues et larmes non feintes. Déjà quatre fois que la Cantona des BriseNoix s'emporte et quitte le terrain de jeu comme elle quitterait une scène de théâtre, pour revenir penaude se faire pardonner son vilain jeu de d'actrice too much.
Et aujourd'hui, c'est la fois de trop.
Je m'arrête et l'arrête : "ah, non, Miléssa, ne commence pas ce jeu-là, tu te calmes, et tu vas te ranger, ok ?
- Non, mais c'est bon, je peux parler, non ? Lâchez-moi, c'est bon, y'en a d'autres, allez..." et la voilà qui s'excite, le couperose dévore son visage, elle part rapidement, direction opposée à sa classe déjà rangée et qui nous attend.
Je cours à ses côtés, monte le ton et lui assène :
- Stop ! Maintenant, tu arrêtes, tu te tais, et tu vas te ranger comme tes camarades !
Et hop, demi-tour direct, regard presque méchant, elle me passe devant, direction le rang des BriseNoix, et lâche un trop fort : "Mais il m'enfade, ce prof de merde..."
Re-Stop. Test de vocabulaire.
"S'enfader" : pour qui habite au delà de la frontière séparant les Pyrénées-Orientales de l'Aude, "s'enfader" ne veut rien dire. Or, c'est le mot qui sert à tout dans le 6-6. Grosso modo, j'ai contrarié Miléssa, voire énervé, voire cassé les noix. Pour "merde", je pense que tout le monde aura compris.
Merci de votre attention.
Je crois rêver. Elle m'a insultée. J'avais eu droit auparavant à un "sale race" quand j'étais nordiste. Mais ça faisait longtemps, tiens. Je l'attrape par son col : "T'as parlé à qui, là ?" de la manière la plus super pas contente que je puisse faire.
- Mais c'est pas à vous, c'était à Miléssa (l'autre...)...
- C'EST UNE PROF, MILESSA ?????
J'ai failli finir par un "pétasse ???" mais j'ai pas osé. C'était moins une. Elle m'insultait PUIS se foutait de ma poire.
Elle ne bouge plus, tremble. Je reviens vers le rang qui me regarde assez éberlué. Je demande à mon assistante d'éducation de monter la classe dans la salle car je vais m'occuper du cas Clash.
Je la ramène sans piper mot devant le bureau des C.P.E. fermé. Je la regarde fermement, elle n'ose pas, elle n'ose plus.
"Tu restes là, je monte avec les autres, je vais revenir, j'en ai pas fini avec toi..."
Silence, séquences chocottes.
Classe des BriseNoix, étrangement calme.
A mon arrivée, les regards me scrutent (bon, à part Kookaï qui fait jamais rien comme les autres, de toute façon) et je me dois de leur expliquer :
"Je viens de me faire insulter par votre camarade, c'est inadmissible...je vais devoir m'absenter après pour m'occuper de son cas. En attendant, on est en cours, et je ne veux PLUS AUCUN BRUIT, C'EST PAS LE JOUR". J'ai du finir à gorge déployée. Cela fait du bien.
Pendant une demie-heure, relative attention, avec même son lot de perles et anecdotes qui redonnent le sourire. Un exemple :
On parle des dernières infos, Fétide annonce à la classe qu'il a entendu parler "d'un viol fait sur une fille de 10 ans et qu'ils ont donné des jumeaux que la fille elle veut pas trop mais enfin c'est parce que elle peut pas pas les avoir, mais c'est interdit alors les gens ils disent ki fait kelle ait les bébés paske ça se fait pas sinon".
Après avoir remis la phrase en ordre et éclairé certains détails, je souligne à Fétide et à la classe le principal problème de cette information.
"Fétide, combien de fois l'ai-je dit ? Quand on donne une info, on dit tout de suite de qui il s'agit et surtout où cela s'est passé ! Sinon, on peut croire, par exemple, que ce viol a eu lieu à côté, à la cité de Fernet-Blanquette, tu comprends"
et là, Khalèche, toujours d'une acuité sans failles :
- Ah C'est ICI ki ya eu le viol, m'sieu ?
- Mais non, c'est pas ici, Khalèche, c'était un ex-emple, juste pour dire à Fétide qu'il n'avait pas donné le pays où cela s'est passé. Alors, où ?
Et, au milieu des réponses plus idiotes les unes que les autres (l'Italie, le pôle nord, le Stade de France, Guadeloupe, Irak, USA, Paris), quelqu'un finit par trouver le Brésil (probable réminiscence de l'info regardée/écoutée la veille) à ma grande joie.
- Oui voilà, ça y est, c'est là.
Et, là, Khalèche surexcité et avide de scoop, se retourne vers tous ses voisins de table :
- Ah ouais, c'est là ? C'est là ? Quelle tour ? Quelle tour, le viol...?"
Entre la corde et le flingue, je vais choisir ce dernier, c'est plus rapide.
Surtout pour le dernier quart d'heure de la séance, où je n'étais plus qu'un fond sonore au milieu du doux vacarme de conversations entre voisins. Du coup, je me suis arrêté, me suis assis, ai ouvert le journal qui nous servait de document pédagogique, ai commencé à le lire silencieusement, pendant que les discussions s'amenuisaient. Jusqu'au silence, que je stoppe en lancant : "Eh bien parlez !"
la classe : Mais...
Moi : Alors quand on vous dit de vous taire, vous parlez ; et quand on vous dit de parler, vous vous taisez...alors, je le redis : Parlez entre vous, je m'en fiche maintenant !
Kookai : Mais on parle de quoi...?"
Retour chez les C.P.E. Ils ont su pour l'affaire, appellé les parents qui viennent demain (super, je serai pas là) et en attendant, discutent avec Miléssa et vont la renvoyer chez elle. Je dois faire un rapport de comportement, et on verra avec la hiérarchie. J'ai tout fait, tout signé, Miléssa ne revient au collège que Lundi, après trois journées d'exclusion. J'espère avoir au moins quelques excuses de sa part, même si des collègues m'ont parlé de ses pleurs intenses après cette altercation malheureuse.
Mais moi aussi, hein, franchement, lui couper la parole pour lui demander de se ranger...j'exagère un peu, quand même...je suis peut-être un prof de merde, en fait. Trop méchant avec les élèves, aucune liberté d'accordée, "C'est pas Disneyland, la vie" que je leur répète souvent.
Peut-être que je me trompe. Peut-être qu'effectivement, la vie devient Disneyland et que tous les élèves ont tous les droits. Hébé tant pis, tant qu'on m'aura pas prévenu, j'oserai encore interrompre Miss Clash dans ses élucubrations beuglées pour lui demander de se ranger. Je sais, c'est risqué, mais que voulez-vous, je suis trop un ouf dans ma tête, quoi !
mardi 3 mars 2009
Allo Kookaï, Ici la Terre...
Diantre. Serait-ce le fruit d'un travail acharné, d'un labeur intense et d'une efficacité à toute épreuve ? No sé. Mais le résultat est plutôt visible, du moins dans mes séances : mes 6èmes BriseNoix ne le sont plus. Ils sont même, osons les mots inattendus, attentifs...
Bon, tout est relatif, c'est pas non plus la panacée, y'en a toujours à faire sortir se calmer cinq minutes, d'autres qui blablatent sans arrêt, d'autres toujours complètement à l'Ouest. Mais le fait est que sur la séance d'aujourd'hui, entre débat sur les manifestations dans les DOM et choix des musiques qui accompagnent leurs productions vidéo, mes chers CasseNoisettes furent presque agréables à éduquer.
Néanmoins - j'aime ce mot, difficile à prononcer quand t'as le nez bouché, un peu péteux quand tu le sors dans une discussion et surtout qui te rend tout d'un coup plus attentif - néanmoins, donc...y'a toujours une brebis égarée dans ce fantasque lot de troupeau alpin, et ce n'est jamais la même. Aujourd'hui, m'sieurs-dames, je vous demande d'applaudir...Kookaï.
Ce gosse est déjà mal parti avec son prénom de créateur japonais qui lui va pas franchement à ravir. Mais le problème est que ça ne s'arrête pas là : Kookaï possède à mon sens ce que bien des artistes et des poètes devraient posséder : SON univers. Kookaï est là, physiquement présent, devant toi, léger sourire indécis sur le visage, l'air d'avoir compris, alors que pas du tout : Kookaï réceptionne tes dires depuis sa stratosphère qui est quand même, vu le temps de réception des messages, hyper méga loin. Vous demandez "Comment vas-tu, Kookaï ?", et Kookaï vous répondra dans une minute : "Non mais c'est parce que voilà je sais pas où aller, j'ai pas compris ce que vous dites, vous parlez trop des fois, je comprends plus". Trois mots dans ma question. J'ai "trop parlé". Soit. Parfois, je pense que Kookaï se drogue.
Aujourd'hui, milieu de matinée, Kookaï se pointe seul au C.D.I, vingt minutes après tous les autres élèves d'autres classes venus travailler. Aucun des 6ème BriseNoix n'est là, j'en conclus qu'il y a un souci. Je m'avance vers Kookaï qui regarde partout, avec son air à la fois presque vivace et complètement mollusque, c'est très difficile à expliquer, l'impression qu'il donne d'aller vite, mais au ralenti.
"Ah, c'est vous..."
Oui, au C.D.I., à part ma collègue, il y a des chances pour que l'on tombe sur moi.
"Pourquoi es-tu ici, Kookaï ?
- Non mais c'est parce que je sais pas où aller, là...
- Tu t'es fait exclure de cours ?
- Non.
- Bon, mais alors où est ta classe ?
- Je sais pas, elle est en classe.
Je sens qu'on va pas avancer.
- Donne moi ton carnet, jeune homme. On va vérifier.
- Non mais c'est parce que je crois que on est avec la prof de français...
- Ben oui, je le lis, là. T'es en Français ou en aide aux devoirs.
- Oui, voilà, en aide aux devoirs, là, voilà, en français.
Ma machine à baffes virtuelles va s'enclencher rapidement.
- Kookaï...
Il ne me regarde plus, le vaisseau est reparti.
- KOOKAÏ !
Implosion d'Ariane en plein vol, Kookaï se crashe à vitesse grand V.
- Oui, monsieur...
- Tu es SOIT en français, SOIT en Aide aux devoirs. Groupe 1 ou groupe 2. Tu es dans quel groupe ?
- Quel groupe....? Mais je sais jamais...
- Tu te fous de moi ?
- Mais non, je me fous pas de...
- On est en Mars, tu sais pas dans quel groupe tu es ???
- Ben non, on nous le dit jamais...
- Kookaï..juste pour vérifier...tu es dans quelle classe ?
- Moi ?
- ...
- Ben, 6ème.
- Certes, mais laquelle ?
- ....
- Son nom ???
- ....ah mais vous voulez dire un nom, comme le nom de BriseNoix, comme ça ?
Alleluia. Je vais finalement pas avoir besoin de défibrillateur, je l'ai pas totalement perdu (même si c'était limite).
M'en allant quémander à la CPE où devrait être Kookaï en ce tragique milieu de matinée, voilà-t-il pas que Falballah, grande prêtresse des surveillants, débarque d'un pas vigoureux en me souriant : "Est-ce que Kookaï de la 6ème BriseNoix est ici ?"
Je me retourne.
- Ben oui, regarde, il est là, il sait plus dans quel grou...
- Kookaï, dit Falballah super méchamment, de quel droit tu t'auto-exclues ?
Je me re-retourne sur Kookaï qui suit des yeux des nuées de libellules imaginaires au-dessus de lui. La "machine-à-baffer-jusqu'à-ce-qu'on-voit-les-moignons-de-ses-mains" est virtuellement enclenchée. IL se fout de moi. Et, à travers les multiples mondes imaginaires qui nous séparent à cet instant-là, il doit sentir que je suis quelque peu agaçé. Enfin j'espère.
- Non, mais en fait, j'allais vous le dire, là...
- Quoi ?
- Ben non mais que j'avais été exclu tout seul.
- Bon OK, j'ai compris, tu te fous de moi, ça fait dix minutes qu'on bataille pour rien, alors que tu as fait sauter le cours de Français, arrête deux minutes, et suis-moi.
- Non, mais en fait, pour le français, je sais pas...
- Tais-toi.
- Mais je vous ai pas dit que j'étais pas y allé en cours, parce que j'y ai pas allé en cours, en fait, c'est parce que je sais pas si je dois y allé en cours, je compren...
- TAIS-TOI !!!
Chez les CPE. On attend dans le couloir que la CPE des 6ème débarque, je continue à débattre avec Kookaï qui semble en apesanteur, la soupape d'aération a du être enclenchée lors de ma montée d'adrénaline (souvent très sonore), et un des autres CPE se bidonne dans son bureau en écoutant notre dialogue de sourds. Arrive la CPE et une collègue de l'équipe pédagogique de la classe, elles écoutent la situation, hallucinent un peu (moins qu'avant, tout de même, on commence à les connaître, on est limite anesthésiés) et à la question " Mais pourquoi lui as-tu menti ?", le créateur japonais répond "Mais en fait, j'allais lui dire, mais y'avait trop de choses que Monsieur L. disait après j'ai plus compris, et après je sais plus ce que j'avais fait avant..."
On en saura pas plus, chacun regagne son rang, avec toujours les mêmes interrogations.
Dans deux heures, Kookaï sera revenu me voir pour s'excuser, avec une phrase tellement récitée et marmonnée que je penserai d'abord qu'on lui a dit de venir s'excécuter ; puis je mènerai ma petite enquête pour m'apercevoir que c'est de son plein gré qu'il est venu m'implorer le pardon, et je penserai alors que Kookaï a tellement mémorisé sa phrase d'excuse dans l'hyperespace qu'elle apparaît entre ses lèvres si impersonnelle. Trop de récitation tue l'émotion, mais pas l'intention.
Mauvaise foi, disent les uns. Schizophrénie, disent les autres. Bonhomme perdu dans la Matrice, imagineront les cinéphiles. Foutage de gueule, pensent beaucoup. Cas intéressant, décident les rares pseudo-psys du bahut. Quoi qu'il en soit, Kookaï est un peu notre E.T., un gentil alien dont on ne comprend que peu le raisonnement, un cas à part dans la classe, là et pas là, mais très très souvent ailleurs. J'espère au moins que là-bas, pour lui, l'herbe y est plus tendre...
mardi 24 février 2009
Une certaine philosophie de la life...
Melchior vient d'entrer au C.D.I. et s'est approché une chaise tout près de mon bureau, à environ dix centimètres de ma tête. De nature assez perspicace, je crois comprendre que Melchior veut me parler, et quand Melchior veut parler, on s'arrête et on l'écoute.
Melchior est un gitan sédentaire, inscrit au collège depuis au moins quatre années, et plus ou moins présent, suivant le temps et l'envie. En quatre années, Melchior n'a pas beaucoup grandi, mais pas mal mué : petit corps musculeux qu'il exhibe dès que le thermomètre dépasse les 15°c, des poils un peu partout, une légère balafre ou cicatrice à la joue (Melchior a vécu...), une coupe de cheveux virile et la dégaine qui va avec. Melchior est devenu un mec, mais à l'intérieur, c'est un grand gamin. Avec sa naïveté et sa légère connerie de môme assez fou-fou. Sauf qu'aujourd'hui, Melchior ne frappe pas dans ses mains en beuglant un flamenco inspiré, Melchior ne tape pas sur quelqu'un pour marquer son territoire, Melchior ne hurle pas à l'entrée du C.D.I., Melchior est juste venu s'asseoir à mes côtés, en souriant. Melchior est donc très fatigué, mais a envie de causer.
"Bonjour, Melchior.
- Bonjour, monsieur. Tu vas ?"
- Bonjour, monsieur. Tu vas ?"
Les gitans tutoient, impossible de les faire changer. En même temps, s'ils se mettent à vouvoyer, c'est plus ou moins une forme de distance, de mépris. Autant en rester là, la lutte est usante.
"Je vais, et toi ?
- Maaaa...je réfléchis."
Scrutage intense et limite dérangeant de mon alliance.
"Maaaaa..elle est belle ta bague, elle me brille dans les yeux. T'es marié ? T'as des niños ?"
Allons bon, moi qui pensais avoir opté pour une alliance surtout pas bling-bling, c'est raté. Apparemment, elle crève les yeux noirs de l'adolescent. De plus, il semble la découvrir aujourd'hui, alors qu'elle brille de mille feux (donc...) depuis le début de l'année scolaire.
"euh...ça te regarde pas trop, Melchior, mais oui, difficile de le cacher, je suis marié, oui. Et j'ai un petit garçon.
- Ahhh, c'est fini les femmes, hein, toutes les femmes qui passent, maahh, tu les regardes plus, non ?"
- Ahhh, c'est fini les femmes, hein, toutes les femmes qui passent, maahh, tu les regardes plus, non ?"
Je souris, c'est ma seule arme devant la désarmante réplique de Melchior qui apparemment veut causer des choses de la vie. Le connaissant, je me dis qu'il va falloir assurer. Allons-y.
"C'est sûr qu'en se mariant, tu deviens fidèle à la femme que tu épouses. Mais tu peux quand même regarder les autres femmes, tu n'es pas aveugle, les femmes sont belles...
- Moi, je veux pas me marier, et je veux pas avoir de niño. Bah, des niños, t'es en prison avec, tu fais plus rien.
- Mais tu es jeune, Melchior, c'est normal que tu veuilles pas encore te marier, t'as le temps...
- Oui, mais plus tard, zéro enfant, je veux.
- D'accord, j'ai compr...
- Ou alors trois"
Ah. Pas de demie-mesure chez les manouches. Le gris n'existe pas, c'est le blanc ou le noir, tout ou rien, tu choisis ton camp.
"Oui, enfin y'a une marge, Melchior...entre aucun et trois...tu peux avoir un seul enfant, tu sais.
- Mais oui, je sais, je sais comment on fait pour faire niños, tu sais pas, toi ?"
Vexé, le roi mage de la cité. Je vais pas continuer le débat en faisant remarquer que j'en ai déjà un, de niño, donc niveau mode d'emploi, j'ai saisi. Passons à la suite de ce passionnant échange...
"Oui, bon Melchior tu verras plus tard, t'auras peut-être envie de fonder une grande famille, comme tes parents, attends un peu.
- Et si la femme, elle en veut six ?
- Ben, vous n'aurez qu'à couper la poire en deux : vous en faites quatre et demi !"
Je suis pas peu fier de ma blagouze. Sauf qu'il n'y a que moi que ça amuse. Long temps de réflexion chez le manouche, jusqu'à ce que la sauce monte :
"Mais, t'es fou toi...tu veux que je découpe un niño ?? Mais la femme elle en mourra ! ça va pas, toi !"
Ecoeuré, il se barre, me laissant dans mon grand étonnement et mes "je plaisante, Melchior" qui tombent à l'eau.
Je crois que je ferais un très mauvais psychothérapeute.
********************************************************************
C'est avec un plaisir non dissimulé que j'ai retrouvé mes chers 6ème BriseNoix, revenus de leur périple montagnard. Je me demande encore comment ils ne se sont pas retrouvés sous une avalanche, vu le niveau des décibels quand ils parlent tous ensemble.
Un peu moins furibards qu'à l'accoutumée, peut-être que le grand air a fait son bénéfique effet, nous avons pu travailler à peu près correctement, espérons que cela se poursuive...
(je sens poindre une mini déception chez vous, mais je n'ai rien à vous mettre sous la dent côté perles des BriseNoix, sachez que j'ai été autant déçu que vous à la fin de ce cours...sur ce...)
Et pour rester dans le sujet cher à Melchior, afin de ne pas trop regarder les femmes, une bonne claque musicale (97...si loin...) :
http://www.clipzik.com/miossec/la-fidelite.html
jeudi 19 février 2009
mardi 17 février 2009
Retour de chez les ch'tis...
Où il fut question de :
froid, brume, Choulette ambrée, Kirikou, plage de Malo sous la pluie battante, café liégeois place Georges Simenon en terrasse sous soleil voilé, ancien bahut relooké design de la mort, Kwak, décoration Ikéa, rendez-vous manqués, petits requins belges, Orval, Charleroi sous le brouillard, soirées sex & the city, carnavaleux saouls et brebis égarées à Loon-Plage, Saint-Omer sous le givre, cassoulet grand-synthois pas vraiment extraordinaire mais bon quand même, route de Flandres avec saleuse, jardin public glacé, Eperlecques, pièce de théâtre géniale par ma troupe d'antan, nostalgie de la scène, Leffe dorée, Westmalle ambrée, T'choupi en furie, tente de camping dans la chambre nuptiale, Amadeus ambrée, Dunkerque qui n'a pas pris une ride en cinq ans, verrine chèvre/betterave, léger bronzage sur les quais de Liège, nems à s'en péter la panse, Chimay, Sandra, Pierrot, Loulou, Zélie, Eric, Martine, Miléna, Emilie, Fabien, Tritri, Catherine, Vincent, Sarah, Pierre, Maria, Céline, David, Kévin, Cathia, Didier, Manon, Hugo, bon Dieu que ça fait du bien de les revoir (ou les découvrir pour les derniers !)...
A très bientôt...
froid, brume, Choulette ambrée, Kirikou, plage de Malo sous la pluie battante, café liégeois place Georges Simenon en terrasse sous soleil voilé, ancien bahut relooké design de la mort, Kwak, décoration Ikéa, rendez-vous manqués, petits requins belges, Orval, Charleroi sous le brouillard, soirées sex & the city, carnavaleux saouls et brebis égarées à Loon-Plage, Saint-Omer sous le givre, cassoulet grand-synthois pas vraiment extraordinaire mais bon quand même, route de Flandres avec saleuse, jardin public glacé, Eperlecques, pièce de théâtre géniale par ma troupe d'antan, nostalgie de la scène, Leffe dorée, Westmalle ambrée, T'choupi en furie, tente de camping dans la chambre nuptiale, Amadeus ambrée, Dunkerque qui n'a pas pris une ride en cinq ans, verrine chèvre/betterave, léger bronzage sur les quais de Liège, nems à s'en péter la panse, Chimay, Sandra, Pierrot, Loulou, Zélie, Eric, Martine, Miléna, Emilie, Fabien, Tritri, Catherine, Vincent, Sarah, Pierre, Maria, Céline, David, Kévin, Cathia, Didier, Manon, Hugo, bon Dieu que ça fait du bien de les revoir (ou les découvrir pour les derniers !)...
A très bientôt...
samedi 7 février 2009
Rhum foutu, tête dans le cul !
Ce nouveau proverbe salanquais vient d'être inventé après une soirée mal terminée avec l'absorption d'un pauvre rhum Bacardi frelaté associé à du sirop Teisseire Passion périmé. Résultat : un samedi de merde à errer du salon au lit, entre deux aspirines.
Et dire qu'il y en qui sortent ce soir sous les spotlights alors que je resterai à me morfondre (enfin, pas trop) devant un bon vieux film...comme je suis pas rancunier, je vous espère deux choses :
1 / Que vous aurez l'occasion de bouger vos fesses sur un des meilleurs singles qui existent pour se trémousser (voir ci-bas)
Deee-lite - Groove Is In The Heart
2/ Que vous savez vous y prendre sur le dancefloor pour draguer avec vos pieds et votre tête à la fois. bref, marier le déhanché sexe avec des discussions franchement philosophiques. Paraît que c'est le mix parfait pour une soirée sexy assurée. Pour ceux qui angoissent d'avance de ne pas arriver à allier ces deux critères, un conseil vidéo : "la discudance". ne me remerciez pas, savourez plutôt...et évitez de vous retrouver SOUS une boule à facettes (certains comprendront - pour les autres, je vous ferai un dessin si besoin)
Et dire qu'il y en qui sortent ce soir sous les spotlights alors que je resterai à me morfondre (enfin, pas trop) devant un bon vieux film...comme je suis pas rancunier, je vous espère deux choses :
1 / Que vous aurez l'occasion de bouger vos fesses sur un des meilleurs singles qui existent pour se trémousser (voir ci-bas)
Deee-lite - Groove Is In The Heart
2/ Que vous savez vous y prendre sur le dancefloor pour draguer avec vos pieds et votre tête à la fois. bref, marier le déhanché sexe avec des discussions franchement philosophiques. Paraît que c'est le mix parfait pour une soirée sexy assurée. Pour ceux qui angoissent d'avance de ne pas arriver à allier ces deux critères, un conseil vidéo : "la discudance". ne me remerciez pas, savourez plutôt...et évitez de vous retrouver SOUS une boule à facettes (certains comprendront - pour les autres, je vous ferai un dessin si besoin)
Bonne "nuit de folie" - je vous épargne le clip années 80 !
vendredi 6 février 2009
Les chansons que j'aime...
Dans les chansons "populaires", il y en a toujours que vous gardez en vous précieusement, des chansons que vous pensez ne parler qu'à vous, des chansons personnelles, et, même les années passant, elles vous semblent intactes, et toujours émouvantes. Celle-ci l'est toujours, car la quête des paradis perdus n'est toujours pas terminée.
Christophe - Les Paradis perdus
mercredi 4 février 2009
M'sieu dames, sous vos applaudissements...Maëva !
Y'en a qui manquent d'air, le genre à l'aise - même confiné dans un ascenseur pendant une demi-journée, la totale assurance, même dans les moments les plus cons. Et c'est ce type d'élève qui arrive quand on s'y attend pas.
Et pour cause : une semaine sans mes 6ème BriseNoix, autant dire que c'est holidays avant l'heure. A part deux ou trois satellites en orbite qui sont pas de leur voyage, tous se sont barrés pour des séances de planter du bâton qu'il me tarde d'écouter. Semaine un chouïa sereine en perspective, donc...que nenni !
Lundi matin, une nouvelle trogne débarque dans mon C.D.I., d'un pas assuré quoiqu'un peu rebelle-attitude genre "je suis pas une racaille donc je vais tout faire pour en avoir l'air". La miss, qui doit pas péter les quinze années d'existence, s'agrippe à mon bureau et me lance "hey, c'est pour les livres que j'ai besoin pour le collège !"
Rivé sur mon PC, je pense d'abord qu'elle cause à un autre élève. Or, non, les yeux légèrement assassins me dévisagent, un sourire qui a oublié d'exister aux lèvres, et une moue générale boudeuse et rebelle-attitude genre "je vais pas me faire chier à répéter deux fois, ok ?"
Donc, cette jeune demoiselle que je n'ai encore jamais vue me parle. Elle m'a appelé Hey. C'est limite, je trouve, j'ai beau ne pas être extrêmement strict sur la courtoisie, c'est limite.
"Tu parles à qui, jeune fille ?"
- A vous, non, c'est clair, non ?
Je sens qu'on va bien s'entendre, elle et moi.
- Non, ça n'est pas clair. Je ne suis pas "Hey", je n'aboie pas encore donc tu m'enlèves rapidement ce ton méprisant, et présente-toi, puisque je ne te connais pas encore. Je suis le professeur-documentaliste Monsieur L., et toi ?"
Allez hop, la réplique cinglante qui tue en général tout début de discussion chez le môme. Pas là.
- Ben, j'suis Maëva.
Silence de dix secondes.
- Maëva comment ?
- Ben, Maëva, c'est ce que je vous ai dit.
Re-silence de dix secondes. J'ai les yeux exorbités.
- Euh...attends, Maëva, je regarde pas la télé, je connais pas la nouvelle star.
- ...
- Si tu es célèbre, tant mieux, mais je connais pas de "Maëva" connue.
- ...
Bon, encore une lumière scintillante dans l'obscurité de mon quotidien professionnel.
- Maëva...il me faut ton nom de famille.
- Eh, c'est bon, là, pourquoi ?
- Pour le rentrer sur l'ordinateur et te donner les livres scolaires. Nom, adresse, ville, tout ça, quoi...
- Ben, j'suis Maëva de Prades.
Encore une fois, le grand choix de la corde ou du flingue.
- Tu t'appelles "De Prades", c'est ton nom ?
- Ben, non, c'est là d'où je viens, vous m'avez dit ça...
- Stop !
Pause. On se regarde, l'alchimie entre nous deux a encore du mal à s'imposer.
- Maëva, tu me fatigues déjà. Tu le fais exprès ou pas ?
- Non, je comprends rien. Vous voulez tout savoir sur moi ?
- Non, je veux juste ton nom de famille, ça ira pour aujourd'hui.
Et elle me le donne enfin. Et repart. Sans les livres. Sniff. Pas gagné, la nouvelle recrue ne va pas nous soulager, je le sens bien.
En discutant avec notre cher C.P.E., il semble qu'elle se soit montrée aussi à l'aise dans ses bottines qu'avec moi. Ayant expliqué à la nouvelle rebelle que fumer à l'intérieur du collège était absolument interdit, le conseiller principal d'éducation s'est vu rétorqué par Miss De Prades 2009 un désarmant "t'es sérieux, là ?"
Une future star, la Maëva. Surveillez votre poste de télévision...
mardi 3 février 2009
Les chansons que j'aime...
Allez, je vais arrêter de faire ma pleureuse avec des chansons lacrymales, on sort les futs moule-burnes en cuir, les perfectos à peine troués, les tiags moches et les guitares acérées, wokaindwaule maille frièndzz...
Alors, pourquoi les Dandy Warhols ? Parce qu'au jeu de "Qui fait super bien les Rolling Stones ?", personne ne les a encore dépassés. Et que ce morceau, à donf' dans la maison quand on est a oilpé en train de se raser, c'est tip-top-poil-moumoute le bonheur pour se déhancher le fessier, gueuler à tue-tête avec un rasoir-faux-micro en mimant des guitares virtuelles qui font wizz wizz...Bref l'éclate totale, bougez les meubles et les objets fragiles, c'est parti !
Alors, pourquoi les Dandy Warhols ? Parce qu'au jeu de "Qui fait super bien les Rolling Stones ?", personne ne les a encore dépassés. Et que ce morceau, à donf' dans la maison quand on est a oilpé en train de se raser, c'est tip-top-poil-moumoute le bonheur pour se déhancher le fessier, gueuler à tue-tête avec un rasoir-faux-micro en mimant des guitares virtuelles qui font wizz wizz...Bref l'éclate totale, bougez les meubles et les objets fragiles, c'est parti !
The Dandy Warhols - Bohemian like you
lundi 2 février 2009
Les chansons que j'aime...
Les lundis sont uniquement créés pour regretter les dimanches, en particulier leurs matinées.
Velvet Underground & Nico - Sunday morning
Velvet Underground & Nico - Sunday morning
vendredi 30 janvier 2009
Les chansons que j'aime...
Dans un de mes billets précédents, je parlais de l'importance des voix. Justement, un de mes plus récents coups de coeur vocaux, c'est Antony, androgyne inqualifiable à la voix particulièrement émouvante. Ici, en duo avec un Boy George revenu de toutes les cures de désintox possibles, ils livrent tous deux un morceau vraiment beau, vraiment triste, vraiment à pleurer. Mais pleurer peut être bon, parfois.
Et une dédicace à ma Pépète, une...!
Et une dédicace à ma Pépète, une...!
Antony & the Johnsons - You are my sister
mardi 27 janvier 2009
Florilège d'une journée presque banale
08h20.
Je déboule dans le parking du bahut, tête dans le cul, créneau à peu près loupé, enfin ça passe. Je récupère mon cartable, mon matériel audiovisuel, passe en coup de vent récupérer le journal du jour chez la logeuse heureusement toujours agréable, et passe le portail des élèves.
Dimitri me saute pratiquement dessus :
"Hey, m'sieu, vous savez si m'sieu T. est là aujourd'hui ?
- euh...je viens d'arriver, tu vois, Dimitri, j'en sais rien, je ne dors pas avec monsieur T.
- eh j'en sais rien, moi, c'est votre vie, vous faites ce que vous voulez, hein..."
et il repart.
La journée démarre très bien.
**********************************************************
8h30.
Séance d'éducation aux médias avec la 6ème BriseNoix.
Alors, comment dire....? La 6ème BriseNoix est composé de charmants élèves qui relèvent de structures spéciales qu'on appelle souvent "classes en rupture scolaire", en général remplies d'une dizaine de fauves plus ou moins réceptifs à ce que vous pouvez leur dire.
Sauf qu'ici, ils sont 20. Ou un peu moins, d'accord, dépend des jours. Disons qu'à 8h45, ils n'étaient plus que 15 : mes multiples demandes de silence, se soldent par trois insolences bien senties, et c'est donc le départ de trois élèves pour un autre lieu : l'exclusion. Je cherche même plus à savoir s'ils y sont effectivement, je veux juste plus les avoir devant ma gueule. Nous ne sommes pas encore rentrés dans la salle.
La séance d'éducation aux médias commence souvent par une revue de presse avec mes élèves. Le sujet du jour, évidemment, est la tempête qui a dévasté une bonne partie du département. Une évidente preuve : la moitié des arbres de la cour de récré démontés par le vent soufflant jusqu'à 185 km/h.
"Wouala (une bonne partie des interventions des élèves démarre ainsi), j'ai pas eu de lumière pendant deux heures, j'ai même pas pu jouer à la Play, j'étais dég' !
- Tu sais, ose-je rétorquer à Mehdi qui s'enflamme, j'habite à vingt kilomètres d'ici, et j'ai pas eu de lumière et d'eau potable pendant 35 heures !
- Maaaaaaaaa (autre interjection fort répandue)...mais vous vivez dans un chalet ou quoi ?
- ben là, Désirée, je suis obligé de te répondre "quoi".
Silence d'incompréhension. Quarante fois que je leur sors cette boutade, quarante fois qu'ils ne la captent pas, quarante fois que je dois l'expliqer, ce qui casse tout, vous en conviendrez.
On parle de la tempête, des dégâts, des régions touchées...
"Vous savez quel est le département qui a été le plus touché ?
Trois "NNaaaannnnn" se distinguent au milieu du brouhaha. je continue :
- C'est l'endroit de France où il y a le plus grand nombre d'arbres, la plus grande forêt...
Et là, Johan triomphant :
-Wouala, m'sieu, je l'ai vu à la télé, c'est l'Amazonie qui a été tout détruit.
Je ne suis même plus consterné, à force.
-Mais enfin, Johan, l'Amazonie, c'est pas en France ! C'est où ?
- Ouais, ben, c'est bon, vas-y, on va dire que c'est l'Amazonie de la France, ça va, c'est bon...
Non, ce n'est pas bon. Je rectifie, et dévoile à une classe qui s'en tape l'existence des Landes.
Dix minutes plus tard, on enchaîne avec le long projet "réalisation d'un journal télévisé à propos de tout ce qui se passe dans le collège". Projet fort ambitieux pour ce type de classe, je m'y essaie tant bien que mal, c'est pas triste...tous les rushes sont prêts, manque plus que le montage.
Je leur demande de se mettre en petits groupes selon les reportages qu'ils ont tournés et réalisés. Et là, démarre un tsunami de mouvements indescriptibles, avec au-dessus de tout ça, placée à 180 décibels, une question-révision de la séance dernière :
"C'est quoi, le montage d'un film ?
Rien à foutre : ça hurle un peu, ça insulte à tout va, ça monte sur une chaise pour imiter le cousin hier qui avait un peu trop fumé...je pousse la gueulante de la semaine, quatre minutes de descente en règle de chacun, quatre minutes à m'époumoner afin qu'ils se rendent compte que je bosse pas pour rien, et qu'ils ont intérêt à s'y mettre. Je gueule tellement que même les mouches décident d'arrêter de voler. Un silence assourdissant s'instaure pendant deux longues minutes.
Puis je reprends :
- C'est quoi, le montage d'un film ?
Julio hésite un peu puis se lance :
- Non mais c'est parce qu'en fait le filmeur, quand il a filmé, ben, en fait, pour qu'il a un bon film, ben, en fait, il fait un montage, comme ça, c'est mieux pour son film, comme ça, avec la musique et tout, son film, il sera Hollywood comme ça il sera au cinéma pour qu'on regarde le montage de son film, moi je crois, non, hein, allez ?
La corde ou le flingue, je ne sais que choisir.
- Tu réponds presque à la question, Julio. Mais tu ne réponds pas.
On l'a vu la semaine dernière, bazar de bazar, de quoi s'occupe un monteur ?
et là, en choeur, les "petits cons" :
-Ben, de montage !
heureusement que je les aime.
****************************************************************
11h30.
Heure syndicale.
On se prononce pour la grève de jeudi prochain, dans une lassitude extrême qui s'explique à la fois par la fatigue dont nous sommes tous victimes et par le désarroi que procure l'avenir de notre profession. Il me tarde de voir débarquer devant mes 6ème BriseNoix des diplômés de masters qui n'auront jamais eu en face un petit Julio ou un petit mehdi qui remplissent aisément mes cahiers de perles. Pour ça, et pour plein d'autres raisons évidemment, je serai dans la rue jeudi.
Je déboule dans le parking du bahut, tête dans le cul, créneau à peu près loupé, enfin ça passe. Je récupère mon cartable, mon matériel audiovisuel, passe en coup de vent récupérer le journal du jour chez la logeuse heureusement toujours agréable, et passe le portail des élèves.
Dimitri me saute pratiquement dessus :
"Hey, m'sieu, vous savez si m'sieu T. est là aujourd'hui ?
- euh...je viens d'arriver, tu vois, Dimitri, j'en sais rien, je ne dors pas avec monsieur T.
- eh j'en sais rien, moi, c'est votre vie, vous faites ce que vous voulez, hein..."
et il repart.
La journée démarre très bien.
**********************************************************
8h30.
Séance d'éducation aux médias avec la 6ème BriseNoix.
Alors, comment dire....? La 6ème BriseNoix est composé de charmants élèves qui relèvent de structures spéciales qu'on appelle souvent "classes en rupture scolaire", en général remplies d'une dizaine de fauves plus ou moins réceptifs à ce que vous pouvez leur dire.
Sauf qu'ici, ils sont 20. Ou un peu moins, d'accord, dépend des jours. Disons qu'à 8h45, ils n'étaient plus que 15 : mes multiples demandes de silence, se soldent par trois insolences bien senties, et c'est donc le départ de trois élèves pour un autre lieu : l'exclusion. Je cherche même plus à savoir s'ils y sont effectivement, je veux juste plus les avoir devant ma gueule. Nous ne sommes pas encore rentrés dans la salle.
La séance d'éducation aux médias commence souvent par une revue de presse avec mes élèves. Le sujet du jour, évidemment, est la tempête qui a dévasté une bonne partie du département. Une évidente preuve : la moitié des arbres de la cour de récré démontés par le vent soufflant jusqu'à 185 km/h.
"Wouala (une bonne partie des interventions des élèves démarre ainsi), j'ai pas eu de lumière pendant deux heures, j'ai même pas pu jouer à la Play, j'étais dég' !
- Tu sais, ose-je rétorquer à Mehdi qui s'enflamme, j'habite à vingt kilomètres d'ici, et j'ai pas eu de lumière et d'eau potable pendant 35 heures !
- Maaaaaaaaa (autre interjection fort répandue)...mais vous vivez dans un chalet ou quoi ?
- ben là, Désirée, je suis obligé de te répondre "quoi".
Silence d'incompréhension. Quarante fois que je leur sors cette boutade, quarante fois qu'ils ne la captent pas, quarante fois que je dois l'expliqer, ce qui casse tout, vous en conviendrez.
On parle de la tempête, des dégâts, des régions touchées...
"Vous savez quel est le département qui a été le plus touché ?
Trois "NNaaaannnnn" se distinguent au milieu du brouhaha. je continue :
- C'est l'endroit de France où il y a le plus grand nombre d'arbres, la plus grande forêt...
Et là, Johan triomphant :
-Wouala, m'sieu, je l'ai vu à la télé, c'est l'Amazonie qui a été tout détruit.
Je ne suis même plus consterné, à force.
-Mais enfin, Johan, l'Amazonie, c'est pas en France ! C'est où ?
- Ouais, ben, c'est bon, vas-y, on va dire que c'est l'Amazonie de la France, ça va, c'est bon...
Non, ce n'est pas bon. Je rectifie, et dévoile à une classe qui s'en tape l'existence des Landes.
Dix minutes plus tard, on enchaîne avec le long projet "réalisation d'un journal télévisé à propos de tout ce qui se passe dans le collège". Projet fort ambitieux pour ce type de classe, je m'y essaie tant bien que mal, c'est pas triste...tous les rushes sont prêts, manque plus que le montage.
Je leur demande de se mettre en petits groupes selon les reportages qu'ils ont tournés et réalisés. Et là, démarre un tsunami de mouvements indescriptibles, avec au-dessus de tout ça, placée à 180 décibels, une question-révision de la séance dernière :
"C'est quoi, le montage d'un film ?
Rien à foutre : ça hurle un peu, ça insulte à tout va, ça monte sur une chaise pour imiter le cousin hier qui avait un peu trop fumé...je pousse la gueulante de la semaine, quatre minutes de descente en règle de chacun, quatre minutes à m'époumoner afin qu'ils se rendent compte que je bosse pas pour rien, et qu'ils ont intérêt à s'y mettre. Je gueule tellement que même les mouches décident d'arrêter de voler. Un silence assourdissant s'instaure pendant deux longues minutes.
Puis je reprends :
- C'est quoi, le montage d'un film ?
Julio hésite un peu puis se lance :
- Non mais c'est parce qu'en fait le filmeur, quand il a filmé, ben, en fait, pour qu'il a un bon film, ben, en fait, il fait un montage, comme ça, c'est mieux pour son film, comme ça, avec la musique et tout, son film, il sera Hollywood comme ça il sera au cinéma pour qu'on regarde le montage de son film, moi je crois, non, hein, allez ?
La corde ou le flingue, je ne sais que choisir.
- Tu réponds presque à la question, Julio. Mais tu ne réponds pas.
On l'a vu la semaine dernière, bazar de bazar, de quoi s'occupe un monteur ?
et là, en choeur, les "petits cons" :
-Ben, de montage !
heureusement que je les aime.
****************************************************************
11h30.
Heure syndicale.
On se prononce pour la grève de jeudi prochain, dans une lassitude extrême qui s'explique à la fois par la fatigue dont nous sommes tous victimes et par le désarroi que procure l'avenir de notre profession. Il me tarde de voir débarquer devant mes 6ème BriseNoix des diplômés de masters qui n'auront jamais eu en face un petit Julio ou un petit mehdi qui remplissent aisément mes cahiers de perles. Pour ça, et pour plein d'autres raisons évidemment, je serai dans la rue jeudi.
lundi 26 janvier 2009
vendredi 16 janvier 2009
je démarre...
...un peu à l'arrache ce blog qui sera surtout un dépôt des articles que j'écris pour le webzine culturel Benzinemag pour lequel je collabore. Mais, du fait de l'ouverture de ce blog, j'en profiterais pour....pour plein de choses ! bonne lecture !
Inscription à :
Articles (Atom)