vendredi 1 janvier 2010

Films de 2009 et top 10 films (5/5)

Bientôt le bilan...revue des derniers films vus cette année et en fin de billet, mes 10 préférés, tout en remarquant déjà que 2009 ne fut pas une année cinématographique franchement exceptionnelle, ou alors j'ai raté l'inratable.


Avec Tarantino, je pensais avoir fait le tour de la question, avoir vu ce qu'il avait à donner, et je pensais que le cinéphile averti ne ferait plus que surfer sur le cinéma-entertainment qu'il avait fabriqué et qui l'avait hissé au rang de cinéaste culte. Sauf qu'avec Tarantino, il ne faut jurer de rien. "Inglorious Basterds" est une nouvelle bombe filmée qui explose de toutes parts. Il ne réinvente rien, mais triture toujours le cinéma de genre et le dynamite de l'intérieur. Ici, le film de guerre, ou du moins le film historique, vu comme l'aurait pensé Leone, Kubrick, Peckinpah. l'Histoire à l'envers (un groupuscule juif décide d'exterminer les Nazis en pleine France occupée), un final qui tord le cou à la véracité, et surtout un vibrant hommage au 7ème art et à son rayonnement international. Découverte chez Quentin : l'utilisation de nombreuses langues étrangères dans les dialogues, ou comment l'incompréhension ou l'abus d'idiomes différents deviennent les clés et les tournants de toutes les intrigues du film. En anglais, allemand, italien ou français, le film demeure savoureux de bout en bout, et désormais, Tarantino, (trop ?) sûr de lui, met sa maestria au profit d'une réflexion plus poussée sur ce que le cinéma peut produire, inspirer et réaliser. Du rêve, de l'insensé.
9/10.


Grosse déception chez Bruno Dumont. Cinéaste toujours exigeant, il s'égare ici dans une démonstration un peu forcée des causes et conséquences poussant certaines personnes au fanatisme religieux. Même si, au premier plan, c'est avant tout l'histoire d'une ado mal dans sa peau qui, par crainte d'oser aimer l'amour physique, pense s'adonner à l'amour spirituel et faire de Jésus son unique prétendant. Dévotion feinte, foi un peu irraisonnée, elle tombera sous la coupe d'un islamiste convaincu qui fera de l'adoration en Dieu de Céline une mise en pratique terroriste. Raccourci rapide, foireux même, de la part d'un réalisateur qui nous avait habitués à bien plus de rigueur et moins d'idées arrêtées. La mise en scène est toujours intransigeante, comme le cinéma de Bresson (et non pas Besson, ne pas confondre ouarf ouarf), mais on a peine à s'identifier à l'héroïne, parfaitement interprétée par une inconnue (comme toujours chez Dumont) et le film laisse complètement de marbre, quasiment raté sur toute sa seconde moitié. Dommage.
3/10.



Les nippons à l'honneur. A une grosse différence près : "Departures" est condamné à décrire un Japon d'exportation, apte à plaire à la communauté internationale (L'Oscar du meilleur film étranger en est la parfaite preuve), un film assez démonstratif sur la culture du deuil au pays du Soleil Levant. Un film très élégant, mais qui n'évite pas les poncifs et les clichés, et qui reste au final un peu chiant. "Tokyo Sonata" ne l'est pas du tout, chiant. Au contraire, Kyoshi Kurosawa, adepte des films fantastiques glacés avec fantômes et amours contrariés, change ici de registre et se lance dans la chronique familiale douce-amère, avec un ton à la fois comique et désespéré, et une réalisation magnifique. Cette famille constamment au bord de la crise et de l'implosion tente malgré tout de continuer à exister ensemble, que l'on se réfugisse dans la musique, dans l'armée américaine ou dans ses menus fantasmes personnels. Toujours en équilibre entre le pathos et le convenu, Kurosawa signe son plus beau film, et également un des plus beaux de l'année.
Departures : 3/10.
Tokyo Sonata : 9/10.


Aïe aïe aïe...une des plus fameuses bd "comics" américaines anéantie par la grâce pachydermique de Snyder. Mais pouvait-on attendre mieux du réalisateur de "300" ? Une seule séquence, magistrale, vient sauver les "Watchmen" de l'ennui profond : son générique de début, avec "Times they are-a-changing" de Bob Dylan en fond sonore, techniquement parfait et fourmillant d'idées. Sur les 2h30 suivantes, c'est une gageure d'arriver jusqu'au bout tellement c'est sans intérêt. Une seule envie, replonger illico dans le bouquin.
2/10.


Pareil pour ce film. Gros buzz à sa sortie pour au final, pas grand-chose à se foutre sous la dent. On chausse les gros sabots pour cette descente en règle à peine déguisée des régimes autoritaires actuels, et que le film se déroule en Afrique du Sud n' est pas pour rien dans cette volonté. L'étranger parqué, rebelle aux yeux des autorités qui découvrent l'horreur que peut engendrer l'enfermement, tout ça filmé façon Youtube afin qu'on se sente de suite immergés dans ce film de science-fiction qui ne change pas beaucoup, finalement, des films de ce genre. Je cherche la vraie originalité de "district 9" dont beaucoup ont causé... film habile ok, mais pas réussi.
4/10


Deuxième film pour Mia Hansen-Love, qui se base sur le suicide de Humbert Balsan, producteur de films assez connus, et qu'elle connut elle-même quelques années auparavant, pour réaliser un bien joli film, étrange et doux, sur les relations familiales et le deuil. La première partie s'articule autour de Grégoire Canvel, producteur exalté et père attentionné mais débordé par son boulot, et criblé de dettes au point de se supprimer devant la montagne de soucis qu'il avait accumulé. Il laisse une femme, et trois filles, dont l'aîné va porter le deuil via une enquête personnelle sur le passé trouble de ce père qu'elle vénérait. C'est toute la deuxième partie, après le suicide, qui retient le plus l'attention, notamment grâce à la présence magnifique de Alice de Lencquesaing (véritable fille de l'acteur principal, par ailleurs) et à une émotion simple et sans pathos qui irrigue ce film particulier, un peu difficile d'accès quant au sujet ardu qu'il évoque. Jolie découverte.
6/10.

Au final, mon top 10 de l'année :

01. The Wrestler, de Darren Aronofsky
02. Inglorious Basterds, de Quentin Tarantion
03. Tokyo Sonata, de Kyoshi Kurosawa
04. Frozen River, de Courtney Hunt
05. Un prophète, de Jacques Audiard
06. Les Beaux Gosses, de Riad Sattouf
07. The Box, de Richard Kelly
08. A l'origine, de Xavier Gianolli
09. Morse, de Thomas Alfredson
10. Le roi de l'évasion, de Alain Guiraudie

et s'il en faut 15 !!

11. OSS 117, de Michel Hazanavicius
12. Fish Tank, de Andrea Arnold
13. La-haut, des studios Pixar
14. Welcome, de Philippe Lioret
15. ex-aequo : Good morning England, de Richard Curtis
Les Noces rebelles, de Sam Mendes


et votre palmarès ?

mercredi 30 décembre 2009

Mon top albums 2009

Est-il encore pertinent, à l'aube des années 10, de parler de musique en terme d'albums ? Si le format demeure un concept pour quelques groupes, il est toujours facile de trouver qu'un CD est un refuge pour un single génial suivi d'une dizaine de morceaux faiblards. Ceci dit, il paraît un peu bizarre de créer un top "mes meilleures playlists d'ipod" au jour d'aujourd'hui. Quant à un classement de singles, j'en ai pas écouté de vraiment exceptionnel pour donner un top 10 de qualité.
Restons donc traditionnels, voici mon palmarès de fin d'année, aussi éclectique que ce que j'ai pu écouter cette année - et d'ores et déjà, désolé pour les absents que j'ai souvent pas eu le temps de découvrir, 2010 en sera l'occasion.

-> La playlist à gauche (couleur Sahara fin de soirée) est composée des meilleurs morceaux de mes albums favoris de 2009. Savourez...

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numéro 10



Une compilation en "bas de ce haut de classement" (sic). La crème de la musique indépendante internationale se réunit pour collecter des fonds pour lutter contre le SIDA et réalisent ce double album. Et pour une fois, il n'y a pas à boire et à manger, il y a juste à déguster. Jugez plutôt : Antony & the Johnsons, Sufjan Stevens, Cat Power, Arcade Fire, Beirut, Grizzly Bear,...tout ce qui fait le pop-rock du 21ème siècle s'exécute brillamment sur cette double galette. Quand en plus c'est pour la bonne cause...

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numéro 9



Quoi ? Du tango en 2009 ? Mais oui, ma bonne dame, et du tango qui vous met la chair de poule, du tango qui vous chavire et fait couler des larmes...côté musiques du monde, y'a beaucoup de chanteuses qui arrivent de leur voix sensuelle et rauque à vous émouvoir et à vous anéantir (Lhasa, par exemple, autre bel album de cette année), mais cette fois-ci, la charmante espagnole-gitane d'origine guinéenne s'est accointée avec le pianiste cubain Chuco valdes, qu'on avait vu traîner avec les seniors du Buena Vista Social Club, et la rencontre s'avère magique, pleine d'intensité. Remarquable.

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numéro 8



Et ça recommence. Difficile de se défaire d'un tel choc vocal. Quelques années déjà qu'Antonhy et ses Johnsons m'ont fait frissoner avec l'album "I am a bird now" dont j'ai déjà parlé sur ce blog. Et si ce nouvel essai, sobre et à la limite du glauque n'est pas à sa hauteur, il reste néanmoins un magnifique écrin sur lequel le chanteur androgyne peut chanter son mal-être et son désespoir. C'est sûr qu'on est très loin du "petit bonhomme en mousse" de Patrick Sébastien, c'est sûr qu'il faut s'accrocher à l'écoute de ce douloureux mais bel album âpre et rigoureux et tendu, mais pour ceux qui iront jusqu'au bout, quelle gracieuse récompense.

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numéro 7


ATLAS SOUND - Logos

La musique actuelle n'est affaire que de séparations puis de connivences. Combien de groupes ont splitté et ont vu leurs membres soit démarrer des projets solo, soit s'unir avec d'autres membres de groupe pour un nouveau projet ? Atlas Sound est de ceux-là, unissant Bradford Cox, chanteur de Deerhunter, avec pas mal de people issu de groupes indés actuels (notamment des gars de Panda Bear et Animal Collective). Le résultat est génial, mix savant de plein de sonorités pop élégantes et élégiaques, bande-son étrange d'un automne 2009 qui hésite entre été indien et petites gelées matinales. La classe, un peu l'inverse de la pochette, nous montrant frontalement la maladie incurable (et innomable tant c'est compliqué) du chanteur...

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numéro 6

Quand des Français rêvent d'Amérique, celle des grands espaces, celles des contrées inexplorées ou des motels miteux au milieu de nulle part sur la route 66. Les USA fantasmés par des Parisiens ambitieux, qui n'hésitent pas à convoquer Neil Young ou Grandaddy dans leur pop démesurée et grandiose. Loin de singer les précédemment cités, Fairguson leur rend hommage en les soumettant à un traitement sonore assez contemporain, où instruments traditionnels américains côtoient nombre d'outils électroniques, comme une invitation au voyage terrestre comme aérien, l'Ouest américain vu du ciel, sans Arthus-Bertrand mais avec Thomas Saddoun et sa bande d'explorateurs fascinants. De la très belle ouvrage, pour un petit cocorico qui ne s'intéresse qu'à l'export !
(titres en écoute sur www.myspace.com/fairgusontheband )

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numéro 5


MAJOR LAZER - Guns don't kill people...lazers do !

En fait, le but avoué de Diplo en 2009 est enfin décelé : faire danser et transpirer la planète. C’est déjà ce producteur (très hype) qui est la cause principale du déferlement M.I.A. (Paperplanes reste Le single de l’an passé…), et, aidé d’un acolyte bien vicieux et talentueux, Switch, ils décident cet été de violenter les racines de la musique jamaïcaine sous le pseudonyme de Major Lazer : tsunami annoncé, gare à vous…

En effet, cette riche collaboration, non contente d’aligner un mixage de sons dansables venus de la Terre entière mais qui se retrouvent tous à Kingston, s’offre en plus des relations extra-conjugales avec des people plus ou moins fréquentables : Santigold qui affole les gambettes, Mr Vegas et son dancehall mainstream, Ms. Thing ou Prince Zimboo, stars des soundsystems de l’île reggae ou de Londres. On assiste donc à une partouze sonore effrénée sur lequel il est difficile de rester de marbre. Les puristes du son roots risquent d’être agacés, mais les moins réfractaires prendront l’expérience pour ce qu’elle est : un efficace tabassage en règle des genres musicaux, pour le seul plaisir des sens et des corps.

Alors certes, le disque ne brille pas par son épure, pas mal de passages restent bien putassiers (Keep It Goin’ Louder), d’autres s’éloignent franchement du son de Kingston (Anything goes), mais pour le reste, c’est dancehall brillant à tous les étages et de la grosse sudation en prévision (dub imparable sur Can’t stop now, groove secouant de Mary Jane, le single génial Hold the Line). Guns don’t kill people, Lazers do ne passera certainement pas l’hiver, mais est-ce ce qu’on lui demande ? Non, on lui exige de nous faire bouger les fesses, lever les bras en l’air, relever les jupes et déboutonner les pantalons, et le défi est largement relevé. Accouplé au disque-bombe des Buraka Som Sistema, Major Lazer prédit bien plus sûrement qu’Evelyne Dhéliat : l’été 2009 a été très très chaud !

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numéro 4

Même s'il ne s'appelle plus Smog, Callahan a gardé sa voix caverneuse, ses mélodies mélancoliques, et ses compositions classieuses. Nouvel opus, même formule - en mieux : "sometimes I wish we were an eagle" est une splendeur, encore une, concocté par le grand bill. A l'image de "Jim Cain" en écoute sur la playlist ci-contre, ce sont neuf morceaux beaux et longs qui composent cet émouvant album, où Callahan n'a jamais aussi bien chanté, convoquant l'esprit des plus grands anti- et alter-folkeux. Du grand art, plebiscité un peu partout, à juste titre.

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numéro 3


Bashung ayant tiré la révérence, il ne reste plus grand monde dans la chanson française de qualité, voire exigeante. Il ne reste même plus que lui : Dominique Ané. Et au lieu de s'enliser dans le songwriting intime et étincelant de "l'horizon" paru en 2006, il préfère les risques muiscaux, s'autorisant ici à composer les meilleurs morceaux de son oeuvre et le passer à la moulinette synthé années 80 qui avaient fait son particularisme pour ses premiers albums. Une sorte de boucle bouclée pour la voix la plus singulière du paysage musical hexagonal, avec en plus cette volonté ambitieuse de défricher plus loin encore les sons pop du 21ème siècle, oser la modernité tout en conservant une écriture traditionnelle mais pas conventionnelle non plus. De la variété de qualité supérieure, du rock déformé, du post-rock à la française, de la pop triturée : Dominique A va encore plus loin, toujours plus fort, et n'en finit plus de nous épater. Bravissimo.

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numéro 2


Califone a sorti 9 albums en 10 ans. Vous ne les connaissez pas ? Pour ma part, je viens juste de les découvrir VRAIMENT. Jamais apporté une oreille très attentive à leur folk parfois abrasif, parfois chiant. Mais là, comment dire ? La révélation s'est faite, simple et évidente. Califone vient probablement de réaliser leur chef-d'oeuvre, du moins le disque qui pourrait enfin les consacrer à leur juste valeur. Tendu et original, "Tous mes amis sont des chanteurs d'enterrement" n'invite évidemment pas à se secouer les fesses sur un dancefloor, mais plutôt à se poser devant l'infini et à méditer sur son triste sort. Autre originalité : ce disque est le temple de la corde. Qu'elle soit pincée sur des violons exsangues, grattée sur des guitares tantôt acoustiques tantôt furieusement électriques, les instruments sont l'acteur principal sur lequel se greffe parfois des voix plaintives et qui donnent le mince fil rouge des intrigues mélodiques. Point d'orgue de ce laboratoire musical exemplaire, "Funeral singers", single évident, démontre le talent de ces Américains qui deviendront, je l'ordonne, enfin célèbres.

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numéro 1



Somptueux.
Pas la peine de s’éterniser sur un disque qui semble, lui, promis à l’éternité : le dernier Richard Hawley est peut-être LE disque que j’attendais impatiemment depuis cette année. Un disque à la fois simple et grandiose, touchant et audacieux, d’une classe folle mais aussi beau à pleurer. Truelove’s gutter condense tout cela à merveille, et place enfin Hawley parmi les musiciens et chanteurs anglais incontournables.

Dès le premier morceau, sa voix de crooner dandy mais fatigué, semble sortir de limbes sonores, des nappes de synthés douces et mélancoliques. Il nous caresse dès le début, affole nos sens qui se perdent dans l’émotion franche de Open up your door, chanson presque conventionnelle et déjà entendue si ne s’y mêlaient pas une orchestration aux petits oignons, avec montée en puissance déchirante et parfaite. Déjà, Mister Hawley côtoie Elvis, Scott Walker et Sinatra. Mais ce sont aussi Roy Orbison ou même Willie Nelson et Tim Hardin qui semblent des présences fantômes sur le troisième et splendide Ashes on the fire.

Je peux continuer tout l’album ainsi tant tout est majestueux, sans fausse note, parfait, de la première à la dernière note (le final Don’t you cry de plus de dix minutes, tout aussi grandiose que les autres titres). L’ex-guitariste de Pulp a peut-être enfin atteint le climax de son oeuvre, dans ce « caniveau du véritable amour », à la fois sombre et délicat, à l’instar de la pochette, où son visage dans l’obscurité offre une légère lueur sur la crête de son profil. Dans les huit titres qui composent ce chef-d’oeuvre, sous la noirceur des propos et la lenteur magnifique des morceaux qui s’offrent patiemment, on trouve toujours la trouée d’échappement, le souffle d’air chaud, le hublot coloré qui évite à l’ensemble de tomber dans l’ennui ou le morbide. La classe, tout simplement.

« Si la musique ne te donne pas l’envie de baiser, de boire, de danser, de pleurer, c’est de la merde.«

Holy Richard. Il donnerait presque envie de croire en Dieu. Et pour cause : sa musique côtoie enfin et pour longtemps les cieux.

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et vous, vos albums de l'année ???


mardi 29 décembre 2009

Films de 2009 (4/5)


Deux films avec l'immense François Cluzet, deux manières d'envisager le cinéma social à la française. En affichant sur la longueur une ambition intéressante pour le premier, en se contentant de réaliser un téléfilm pédago ronronnant pour le second. Gianolli, qui avait déjà fait de Depardieu un minable chanteur de karaoké dans "Quand j'étais chanteur", donne ici à Cluzet le rôle du bad guy, escroc à la petite semaine qui va entourlouper tout un village du Nord en leur faisant construire une parcelle d'autoroute sans moyens engagés sur ce chantier. On avance dans le brouillard, criblé de dettes, mais on serre le mince espoir d'y arriver, de faire rêver tout un peuple accroché aux basques du pessismisme le plus contagieux. D'un début archétypé à la Pialat-Loach-Dardenne (la misère sur le pauvre peuple, caméra à l'épaule), "A l'origine" bascule ensuite vers le portrait halluciné d'un mec halluciné, et s'autorise même de petits moments de pur fantastique, sans trahir le postulat de départ. Un beau film, démesuré et intense, comme on en voit peu par nos contrées.
Tout l'inverse de ce "dernier pour la route", portrait sans fard mais sans éclat d'un alcoolique notoire lors de sa cure de désintoxication. La bonne idée est de ne pas quitter ces lieux de cure, où Hervé, aidé de ses compagnons de guérison, tente de se sortir de cet enfer. On s'imagine presque le film suivi d'un débat type Dossiers de l'écran sur l'alcoolisme, ses causes et les moyens de s'en sortir. Malgré un duo d'acteurs impeccable (Mélanie Thierry joue bien l'écorchée vive), Godeau s'en tient au strict minimum à la mise en scène, et n'évite pas le ton sentencieux d'un donneur de leçons.
A l'origine : 8/10
Un dernier pour la route : 4/10


Brûlante actualité lors de la sortie de ce film : Christian Poveda, un photojournaliste, est retrouvé assassiné au Guatemala, pendant son reportage commencé depuis des années sur les gangs des Maras. Avec "La Vida Loca", son docu sorti ces jours-ci (mais que je n'ai pas encore vu), "Sin Nombre" s'empare du même sujet à risques, en y apportant son lot de romanesque pas niais pour en faire une fiction intéressante et haletante. Soit les destins croisés d'un jeune Mara renié et recherché par sa bande pour avoir tué leur leader, et d'une Hondurienne de 15 ans qui cherche avec sa famille à regagner les Etats-Unis clandestinement (sur les toits des trains). Le destin va les faire se rencontrer, s'aimer, partager un bout de route jusqu'à des destinations finales (et fatales). Plongée assez sidérante, même si de nombreux effets faciles viennent ternir le propos, dans l'enfer des immigrés sud-américains, dans un monde clandestin fait de violence, de choix difficiles, et de survie. Le rythme ne s'essouffle pas, la réalisatrice sait garder le cap de son road movie sauvage et très documenté, on apprend autant qu'on transpire, "Sin Nombre" , même plein de défauts, marque de sa trempe énergique une possible émergence du cinéma sud-américain.
6/10.


Ah ce fameux cinéma réaliste anglais coup-de-poing ! Ca faisait un bail que Mike Leigh, Ken Loach - je parle pas de la récréation Cantona - et les autres ne nous ont pas donnés de nouvelles des prolos british et de leurs problèmes sociaux à foison. Andrea Arnold apparaît, de fait, comme la jeune pousse à laquelle l'île-royaume peut croire. Et son "Fish Tank" percutant ne va pas la faire disparaître de sitôt. Ce film a emballé Cannes, et les salles par la suite, grâce à l'énergie de son actrice, l'épatante Katie Jarvis, pitbull à seins engoncés dans un body de danseuse hip-hop bien mal fagotée. L'ado rebelle dans toute sa splendeur, qui essaie de se faire une place chez sa mère complètement jetée, plus pouffiasse et irréfléchie que ses propres filles, qui aligne les mecs comme on enfile des perles. Jusqu'à ce qu'elle en trouve un qui lui préfère sa fille aînée, même mineure. Coucherie de trop, repentance, crises familiales et intérieures, envie de se sortir de ce bourbier par tous les moyens : devenir star, devenir amante, devenir mère... Embarquement immédiat pour le quotidien de Mia, fan de hip-hop, qui pète constamment les plombs et qui nous envoie sa rage en pleine face caméra. Constamment sous pression, terrible et angoissant, le genre de ciné qui ne vous lâche pas jusqu'à la dernière seconde, épuisante. Bingo, la perfide Albion a encore quelque chose à dire.
7/10.


Richard Kelly, mine de rien, est en passe de devenir le cinéaste US le plus étrange et intéressant de la nouvelle génération. Donnie Darko, sous acide, et Southland tales, sous amphètes, montraient déjà le talent de Kelly à inscrire le fantastique et le dérangeant dans le quotidien le plus correct. C'est l'apogée ici, où la pauvre Cameron Diaz, qui joue mieux lorsqu'elle vieillit, se voit contraint, par un mystérieux inconnu, de choisir entre un million de dollars et pousser le bouton d'une boîte qui tuera quelqu'un qui lui est inconnu. Dilemme ? Oui et non, car Cameron ne choisit pas bien longtemps. Mais devant la cupidité de son être, s'ensuit une série d'événements étranges qui poussent la miss à reconsidérer sa vie, son couple, ses idées et le devenir du monde (oui, rien que ça...). Kelly ose à la fois ressembler à Hitchcock (suspense croissant), Lynch (quand le bizarre s'immisce dans les recoins de banlieues anecdotiques), Sartre (réflexions sur l'homme et la fausse liberté individuelle d'action), et Cameron (pour le virage fantastico-mystico-complot-findumonde-paranoïaque, partie la moins réussie du film). The Box est un vrai OVNI, difficile à expliquer, difficile d'en parler, j'ai beaucoup aimé, sans trop savoir pourquoi. A vous de juger...
7/10.


Probablement LE film français de l'année.
Je ne vais pas en discuter longuement, beaucoup l'ont vu et aimé, je rajoute juste que Jacques Audiard a enfin atteint l'apogée de son cinéma froid et stylisé, tout en offrant aux acteurs l'espace nécessaire pour évoluer brillamment. Enfin débarrassé de Romain Duris (prix de la courge 2009 puisqu'un lecteur de mon blog préfère que je décerne à son acteur préféré Adam Sandler le prix de l'Endive 2009 - tu l'auras bien cherché, Fredo...), Audiard dépeint le milieu carcéral de magistrale manière, Arestrup est à son sommet et Rahim est une vraie révélation. L'idéal aurait été qu'Un prophète ne sorte jamais de l'enceinte de la prison, pour plus de force. Mais ne gâchons pas le plaisir : il y a dans ce film tant de puissance et de beauté sordide qu'on peut aisément comparer son réalisateur aux meilleurs metteurs en scène US de ce genre. Chapeau.
8/10.

mercredi 2 décembre 2009

Films de 2009 (3/5)


Je suis loin d'être un fan de Judd Apatow. Je suis donc loin d'être dans la mode actuelle qui consiste à aduler ce réalisateur-producteur, coqueluche d'Hollywood et inventeur de la comédie romantique des années 00, faussement trash et vraiment conservatrice. Car les films de ou produits par Apatow se ressemblent : humour caca-prout chez des adulescents en quête du big love qu'ils trouvent, en plus, toujours, à la fin. Du happy end bien conformiste pour des débuts extravertis. Le monde à l'envers quoi : les héros hors normes deviennent rangés. Le pire vient d'être atteint cette année avec "Funny People" puisque Apatow injecte du mélodramatique dans sa recette fatigante. Bref, on va pleurer entre deux blagues cul. C'est complètement raté, tout tombe à plat, c'est interminable (2h30 pour une comédie, c'est une mauvaise idée) et sur la même trame scénaristique (un comique est atteint d'une leucémie et tente malgré tout de garder la banane), "Man on the Moon" de Forman avec le génial Jim Carrey était bien au-dessus.
Du coup "I love you man" réalisé par un acolyte d'Apatow, sans prétention et plutôt attachant, est probablement le meilleur film sorti de cette écurie surestimée. Film sur une amitié bancale, au départ artificielle (un mec sans ami veut un témoin pour son mariage et fait connaissance avec un mec too much, vraiment gentil mais embarassant) devient une relation un peu ambigüe mais touchante. Film comique mais pas trop (on se tient pas les côtes) mais beau film sur les relations sociales au 21ème siècle, entre désillusion, cynisme et besoin de bonheur immédiat. De plus, les deux acteurs sont parfaits, à l'inverse de Adam Sandler, la tête d'affiche de "Funny People" qui reçoit sans peine le prix de la grosse courge 2009.
Funny People : 2/10 I Love You Man : 6/10



Alors là, c'est l'anti-Apatow : Guiraudie sort des sentiers battus dès le départ, ne cherche jamais à revenir sur l'autoroute des bonnes intentions, et même s'évade très loin des conventions. Ce qui donne ce western road-movie franchouillard brouillon, bancal mais plein d'énergie. L'histoire d'un gros nounours albigeois, vendeur de tracteurs et gay discret, qui aide la fille de son patron à se sortir d'un mauvais plan. Celle-ci devient raide dingue de l'ours paisible qui va changer d'orientation sexuelle, et de vie tout court, grâce à son amante de vingt ans sa cadette, et grâce à la dourougne, plante aphrodisiaque, à côté de laquelle le Viagra fait figure de Lexomil. Guiraudie ose tout : amours interdites et masculines dans la pénombre des granges, des plans-séquences fort drôles au fin fond des bars minables, du récit fantastique en pleine étude sociale sur le devenir des bourgades paysannes de la France d'en bas. Avec un couple aussi énorme que décalé que Ludovic Berthillot et Hafsia Herzi qui, depuis sa performance dans "la graine et le mulet", confirme qu'elle est une grande à suivre.
8/10.


On a connu Lioret moins incisif. A travers la rencontre d'un maître nageur et un sans-papier kurde désireux de gagner l'Eldorado anglais, c'est un film éminemment politique qu'il nous délivre, une attaque en règle d'une répression moderne à l'échelle européenne. Par contre, se tisse sur ce beau film engagé une reconquête sentimentale (Lindon est divorcé et, en aidant le jeune à passer la Manche, essaie de prouver à celle qu'il aime toujours qu'il n'est pas le vieux con qu'elle prétend) plutôt inutile. On retient donc la force du propos, son traitement plutôt sobre et réussi, et Lindon, décidément de mieux en mieux.
7/10.

Avouons-le : les adaptations de romans au cinéma ne sont pas souvent des réussites totales. Pour des "liaisons dangereuses" impeccablement revisitées par Stephen Frears, combien de daubes ? La surprise est donc de taille pour cette version filmée de l'enquête policière suédoise à succès "Millénium" et ce, pour plusieurs raisons. D'abord, parce qu'il n'affiche pas d'ambition démesurée : à hauteur d'homme, réalisé en Suède par un suédois, on reste en terre familière, dans la glace, le terne, et la pourriture humaine. Ensuite, parce qu'il n'y a aucun temps mort, et que si bien des passages sont occultés, ça n'enlève rien au rythme de l'intrigue - contrairement aux "Harry Potter" bêtement escamotés. Un très agréable divertissement.
6/10.

Loach délaisse à peine ses prolos angliches inconnus pour s'attaquer à un monument de la culture anglaise (et française !) mais aussi footballistique : Oooh Aaah Cantona. Soit le quotidien d'un chômdu adepte des journées bière-foot-potes au bar du coin et divorcé en difficulté avec des ados qui virent mal. Quand la dépression guette, Canto raboule sa fraise dans l'inconscient du quinqua qui reprend son souffle et sa vie en main, aidant celle des autres en prime.
Drôle et léger, même si toujours ancré dans une réalité sociale pas très rigolote, Loach s'empare du mythe sportif et dévie un peu de sa trajectoire réaliste pour flirter avec le fantastique potache. Eric s'en sort pas mal, tout comme les autres acteurs. Très loin des habituels sommets du grand cinéaste britannique, mais une récréation savoureuse.
6/10.


Deux comédies romantique US à chier, réunies ici pour deux raisons : outre leur nullité, leur affiche est presque identique et le postulat de base itou : deux personnes que tout oppose a priori vont finir par coucher ensemble. "l'abominable vérité" gagne le duel au finish, grâce à ses deux interprètes, la blonde de "grey's anatomy" et le roi grec des "300" qui s'en sortent mieux que Bullock et son amant, qui talonnent de près Sandler pour les prix des courges 2009. C'est passéiste, pas drôle (à part deux séquences sur l'ensemble des deux films) et hyper convenu. L'horreur, même si ma douce et tendre adore ce genre de films, sachant PERTINEMMENT que ça va être mauvais. Pfff les femmes...
1/10 et 3/10.

Là, par contre, on tient sûrement la comédie de l'année. Riad Sattouf, auteur génial de BD, s'essaie à l'adaptation d'un de ses albums et réalise un teen-movie français qui évite tous les clichés du genre, en jouant l'hyper-réalisme en mode burlesque et moqueur. Soit une bonne tranche de rigolade devant les pubères boutonneux, appareils dentaires et poils au menton, langage idiot et attitudes à l'avenant, dans leurs rapports avec leurs camarades, leurs profs, leurs parents. Ecole, maison, sexe, boums, bagarres, flirts : tout y est, mais non corrigés par un réalisateur au plus près des jeunes, qui les a étudiés de près et bien cernés. ça sonne juste, c'est vraiment poilant, et on ne se lasse de cette suite d'anecdotes ( ce qui est peut-être la seule faiblesse du film, le côté série de vignettes comme des planches de bd). Mais ne boudons pas notre plaisir : ces "beaux gosses" sont un grand bol d'air frais dans la comédie actuelle au cinéma.
8/10.


Gros succès de l'année pour cette comédie soi-disant trash, narrant les déboires d'un groupe de potes partis à Las vegas pour enterrer la vie de jeune homme de l'un d'entre eux. Réveil surréaliste et disparition du futur marié, les trois autres se mettent à le rechercher et peu à peu à reconstituer la folle nuit qu'ils ont passée. ça vole pas bien haut et c'est pas très marrant, même si l'idée de départ est acceptable. Un divertissement tout au plus.
4/10.


La bonne idée de cette suite, c'est d'avoir sexué ses personnages : les mammouths deviennent parents et le père devient papa gâteau-gâteux, Scrat va tomber amoureux puis s'emmerder dans une vie de couple morne, sans gland à conserver à tout prix, Sid va prendre son rôle de mère (!!) de dinosaure trop à coeur, et Diego le tigre va déprimer à l'idée de devenir un vieux garçon. Les histoires de coeur et de cul de ces animaux préhistoriques devient l'enjeu principal du film. Du coup, l'arrivée des dinosaures passe au second plan, et le traitement 3D, au dernier, carrément inutile.
5/10.


Bon. Le genre de film intouchable, de par son sujet, sa portée, et ses acteurs oscarisés. Mais le souci de "the reader" c'est d'être juste moyen, loin du film que l'on souhaitait. Un jeune homme s'éprend d'une femme plus âgée que lui, illettrée, et lui lit de nombreux livres en venant en cachette chez elle. Des décennies plus tard, étudiant en droit, il la retrouve au tribunal, accusée d'avoir participé à l'extermination des juifs par les Nazis alors qu'elle était gardienne de camp...
Culpabilité, pardon, dilemme, remords... On lâche les grands mots, trop grands pour le costume de Stephen Daldry qui s'est emparé avec peu de passion au roman de Schlink. kate Winslet en fait des tonnes, Fiennes fait le minimum syndical, on est pris en étau entre l'émotion et l'indifférence pour cette formidable histoire qui ne trouve pas sa juste place quand on y ajoute une caméra. Frustrant.
5/10.


Enfin de la vraie provoc ! Sacha Baron-Cohen avait inventé Borat en 2006, personnalité politique d'un pays inconnu d'Europe de l'Est venu visiter les Etats-Unis pour y foutre un boxon amoral et salvateur. Il persiste en 2009 avec Brüno, autrichien follasse intervenant dans le milieu de la mode, décomplexé et exubérant, osant dans l'Amérique puritaine des années Bush des saillies drôles et culs qui rendraient presque Vincent mcDoom coincé du derche. Interdit aux moins de 12 ans (ce qui est léger, je trouve, j'aurais plutôt interdit aux moins de 16 ans tant l'acteur-réalisateur va au bout de son personnage...!), Brüno est vraiment très drôle et percutant, dénonçant avec forces bites à l'écran les relents homophobes et rigides de nos sociétés hypocrites, et toujours sous la forme d'un docu-fiction dont on ne sait jamais si c'est du lard ou du cochon (même si dans ce cas, c'est très orienté cochon...kikoo lol). Ce procédé montre quelque peu ses limites sur ce film, mais c'est tellement fort qu'on s'en fout, à la limite. Vive Baron-Cohen.
7/10.

mercredi 18 novembre 2009

Vis ma vie de doc-hebdromadaire ! part.3

11h35.
Je me remets à peine de l'épisode "père Noël de chez Leclerc" désormais culte dans mon panthéon personnel que la moitié de la classe des 3ème Ebahi débarque au C.D.I., leur prof de SVT étant absente. L'autre moitié, sage et réfléchie, a préféré quitter le collège un peu plus tôt.
Etrangement calmes, les 3èmes s'installent sur les tables de travail, sortent feuilles et stylos, et donnent l'air de se concentrer.
Ils travaillent.
Non...
Je n'en crois pas mes yeux.
Je m'approche.
Ils tracent des colonnes sur une feuille format paysage.
Sud-Amen me toise soudain et lance, triomphant :
"Non mais c'est pask'on va faire un bakaloréa !
- Wesh, renchérit Housseouate.

Wesh, effectivement.
Je comprends mieux, légère déception quand même, moi qui pensais qu'ils se mettraient à bosser. Mais non, "essayez déjà d'avoir votre brevet avant de vous coller au bac" pense-je cyniquement, comme le vilain méchant cynique prof pas gentil que je suis. Mais je ne dis rien.
"Soit. Je veux pas de bruit par contre, y'en a qui travaillent.
Regards effarés autour d'eux.
- Ah ouais, sérieux ?
- Sérieux."

Je retourne au bureau et cinq minutes se sont même pas écoulées que débute le grand cirque du n'importe quoi.

"Vas-y, réfléchis dans ta tête pour dire une lettre, vas-y"
Adrisso hoche la tête en comptant ses lettres, genre cinq hochements exagérés signifient que j'en suis à la lettre E...
- STOP ! gueule Housseouate.
- Chut ! ose-je.
- Non mais c'est important que je le dise fort, m'sieu, sinon il réfléchit trop quand il compte et il m'entend pas !"
- L, annonce fièrement Adrisso qui menace déjà d'une surchauffe du cerveau.
- TTOOOOPPPPP ! gueule Housseouaute, probablement parce que les candidats réfléchissent déjà trop pour l'entendre démarrer la compète....
Et voilà les 4 lascars, silencieux comme jamais, en train de remplir les grilles. Les thèmes n'ont pas changé depuis le temps où je jouais moi-même : prénoms, ville ou pays, film, fruit/légume, personnage historique (ouch, c'est précis), métier,...à noter que la colonne "art et littérature" a rapidement été supprimée car jamais remplie...

Autant faire du raccourci sinon y'en a pour 25 pages, mais ce fut une heure de fou rire mêlé de consternation, une heure de réponses toutes plus hallucinantes les unes que les autres.
J'ai découvert des fruits et légumes que je ne connaissais pas : le rublingon, la paffanime, le frésentin, le koupango, probablement des fruits très exotiques ou alors des croisements de légumes génétiquement modifiés...
J'ai découvert également des films dont je n'avais jamais entendu parler : Rudolf ("c'est sur la vie de Rudolf Hitler, m'sieu !"), La Lampe qui brûle, Le blédard en scooter, La cité du justicier, Nique la France, Mary Potter,...
Mais, pour votre plus grand plaisir, je vous livre le top 3 de ce jeu extrêmement divertissant.

numéro 3 :
Le quatuor recherche des métiers en "L".
Adrisso est en mode high spirit level :
- vazy j'ai trouvé "Lumioniste".
Le groupe ne bronche pas.
Tel un maître cappello offusqué, je ne puis laisser passer ça et j'interviens avec un sourire forcé :
- euh...Adrisso...ça n'existe pas "Lumioniste"...hi hi....
Le groupe se retourne, l'air sévère. Silence.
- Ben si ça existe, lance Sud-Amen.
- Euh non... (permettez-moi d'insister), non, je t'assure.
Et Adrisso, renfrogné, confirme, regard genre "mais, t'es con ou quoi ?" :
- Ben Si. Celui qui met les ampoules. pfff...."

numéro 2 :
La dream Team des bacheliers idiots sèche un peu sur les personnages historiques en "R". Sauf Sud-Amen.
" j'ai mis Rambo.
- Ah ouuuaaaaiiiiisssssss merdeeeeeeeeee, soupirent les trois autres.
Le Zorro à la noix qui vous sert de narrateur ose encore une fois troubler l'atmosphère intellectuelle qui régne dans ce jeu.
- alors là tu vois, Sud-Amen, c'est faux : Rambo est un personnage de film, c'est Stallone qui le joue. Tu vois, c'est comme si tu mettais Rocky, c'est faux...
- pffff non mais vous dites n'imp', m'sieu, franchement, vous fâchez pas, mais vous dites n'imp'. Rocky, c'est pas un personnage historique, alors que Rambo oui.
- Mais non enfin, c'est toi qui dit n'importe quoi, Rambo, Rocky, c'est pareil, ce sont pas des pers....
- Est-ce que Rocky il a fait la guerre ???? NON ! Et Rambo, OUI !!! Donc j'ai bon !
Là, je suis obligé de remettre mon épée dans son fourreau, de jeter mon masque à la poubelle, et de me retirer à petits pas de loup...s'incliner face à l'adversité, savoir rendre les armes, comprendre que l'on ne pourra rien y changer. Ecrasante défaite.

Et enfin, ta ta ta ta ta ta (sur l'air de star Wars ou Indiana Jones ou ce que vous voulez qui fait spectaculaire), le Numbeur Ouane....

Dzéjébel, le quatrième larron qu'on avait pas encore trop entendu. Métier en "P" :
- pute.
Les trois Zorros se révoltent :
-Eh mais vazy c'est pas un métier, ça, vazy t'as faux c'est pas un métier, maaaaa...
Djézébel, serein et détendu, se tourne alors vers moi qui, pour une fois, ne m'était pas manifesté :
- M'sieu, pute, c'est un métier, non ?
Aïe. Ze tuile. Que répondre ? Dans ce cas là, je me dis toujours, autant la jouer honnête.
- Bon....alors...oui, en fait, Djézébel n'a pas vraiment tort. Disons que une prostituée (c'est mieux, comme terme, moins insulant et vulgaire que ce que tu as dit, Djézébel, d'accord ?), du moment qu'elle se fait payer, on peut dire qu'elle exerce un métier...mais c'est compliqué quand même, c'est pas un VRAI métier, dans le sens noble du terme, voyez...en même temps, y'a une expression qui dit que c'est le plus vieux métier du monde, donc bon...."
Et j'ai devant moi un drôle de spectacle : Djézébel triomphant, le sourire aux lèvres, Housseouate et Adrisso yeux exorbités bouche ouverte, complètement abasourdis par ce que je viens de balancer, et surtout, surtout, Sud-Amen qui se met à barrer frénétiquement sa feuille et qui se met à râler : "et voilà, vazy c'est bon, j'en ai marre, vazy p'tain je le savais...
- Quoi, Sud-Amen ? Calme-toi ! Qu'est-ce que tu savais ?
- Ben, j'savais qu'il fallait pas que j'efface Pédophile ! J'savais que j'aurais juste aussi !"

L'apocalypse aura lieu en 2012, y'en a qui disent. ça va, il ne reste plus que deux ans pour entendre des conneries puissance mille.

12h30. La sonnerie de la pause méridienne retentit, ainsi que celle de mon bide qui crie famine.
Direction la cantoche, plutôt bonne en général, en compagnie de mes collègues. Sauf aujourd'hui, c'est ce putain de chili con carne industriel qui me donne des relents d'haricots à l'oignon toute l'aprem. Mais heureusement, c'est surtout le moment de bien décompresser, de se lâcher, de bien se marrer...c'est en effet une des rares cantines scolaires où on parle autant de tout et de rien, pas mal de cul et très peu des élèves. Eh oui, les profs ne parlent pas TOUT LE TEMPS des élèves et des copies, Bahutland en est témoin. Même si le chili con carne ne passe pas méga bien, la pause méridienne, elle, fait toujours un bien fou.

13h50.
Reprise des cours. Je pensais n'avoir pas de séquence avec professeur, mais voilà-t-il pas qu'une tête qui ne m'est pas étrangère passe par la porte d'entrée : "hey m'sieu, c'est encore nous qu'on vient !"
Adadasurmonbidé II, le retour. Il revient et il est super content.
Putain, la 6ème Flaubert. Non, pas eux encore, pitié.
Mme Petitpas passe la porte. "Salut ! T'as pas oublié que je venais avec les Flaubert"
Si. Totalement, Inconsciemment oublié.
Mais quand cette journée va-t-elle se terminer....?

(suite au prochain épisode, j'ai des moignons à la place des doigts...)

mercredi 28 octobre 2009

Films de 2009 (2/5)

Je profite de la pause automnale pour revenir sur les films plus ou moins inégaux que j'ai vu cette année, et de manière plus ou moins illégale. Vu le retard et le nombre de films, je m'appesantirai pas des masses sur chacun, à quelques exceptions près.

Et on commence avec une daube. Enfin, bon, pas VRAIMENT une daube dans le sens daubesque du terme, mais un film complètement anecdotique, si ce n'était son ambiance glaciale et romantique que doivent adorer les donzelles de 15 ans maxi qui sont trop dark dans leur tête "mais-tu-peux-pas-comprendre-t'es-trop-vieux-pauvre-has-been". Soit. C'est surtout une adaptation nonchalante de la tétralogie qui reste un best-seller de librairie, la grosse mode des ados vampires qui se regarde, certes, mais qui n'apporte rien, sinon pas mal de biftons au producteur.
3/10. On passe, surtout que sur le même thème, y'a...

ce film suédois. Certes, c'est pas Hollywood, donc y'a eu moins de matraquage, mais il serait dommage de passer à côté de ce film ouaté et assez impressionnant. Ados vampires et amoureux dans une banlieue de Stockholm engourdie dans la neige et le gel. Esthétisant à outrance tous ses plans, le réalisateur réussit cependant à tenir en haleine le spectateur qui pourra être enfin un peu plus mûr que les midinettes dont je parlais ci-dessus. La dernière scène est superbe.
7/10.


Enfin un bon film. Pas gagné d'avance pourtant : un film sur le catch avec Mickey Rourke. Mais Aronofsky (Requiem for a Dream) a décidé de se la jouer sobre, tendance film indépendant intimiste (références même un peu trop appuyées) et fait remonter sur le ring (de sport comme du cinéma) le revenant Rourke, plus lifté et customisé qu'une renault Alpine tunée, ancienne gloire du wrestling qui décide de refaire la star pour du pognon, pour de la reconnaissance, pour revoir sa fille. Au second plan, c'est l'Amérique des marginaux, des laissés-pour-compte et des losers qui est dépeinte, et de bien juste manière. Un beau film, sincère et émouvant. Cadeau : la musique de fin signée Bruce Springsteen avec des images du film. 9/10.




Gus Van Sant déroge un peu à sa règle : pour une fois, les personnages sont pas filmés de dos, arpentant 15 kilomètres de couloirs sans but, avant que de crever seuls sous une musique de Chopin ou de Sonic Youth. C'est même un certain académisme qui flotte sur cette biographie militante du premier homosexuel américain revendiqué occupant un poste politique important. Un biopic brillamment interprété, Sean Penn en tête, mais qui marque pour la première fois une rupture avec l'exigence du réalisateur qui nous a habitués à plus ardu, plus frontal, moins pathos.
Un beau film, bien engagé tout ça, mais qui reste un peu trop en surface.
5/10.


Le Pixar de l'année. Présenté à Cannes, en ouverture, une première pour un film d'animation, "Up" joue la carte de la poésie, se rapprochant ainsi de l'univers des dessins animés japonais. Sa maison dans les nuages fait penser aux oeuvres de Miyazaki. Le premier quart d'heure est une splendeur, les larmes vous coulent des joues en quelques scènes magnifiques sur la vie et le temps qui passe. Ensuite, c'est forcément moins bon, plus convenu, plutôt réservé aux gamins - alors que d'habitude, le second degré pouvait plaire aux plus grands. Reste de belles trouvailles, et une technique d'animation toujours irréprochable. Pas le meilleur de ces studios, mais un bon cru. 7/10.


Evénement cannois également, encore une fois oublié du palmarès, le dernier Almodovar a déchaîné les passions. Quelques mois après, qu'en reste-t-il ? eh bien pas grand chose. Je ne me souviens qu'assez peu du film, de son intrigue, mais c'est un bel hommage au cinéma qu'offre Pedrito, qui ne lui rend pas forcément d'ailleurs. Je me souviens surtout de Pénélope Cruz, dont c'est un euphémisme d'avouer qu'elle irradie l'écran de sa beauté et de son talent. Soyons plus clairs : elle EST le film. Et si le scénario nous lâche assez vite, car se basant sur les mêmes trames que ses dernières comédies dramatiques, c'est bien la destinée flamboyante et tragique de Miss Cruz qui nous tient et ne nous lâche pas, sous la caméra résolument amoureuse d'Almodovar.
6/10.

Toujours Cannes : Benicio del Toro en est reparti avec la Palme de l'Interprétation. Logique : il est formidable dans le dyptique du Che Guevara. Le film, beaucoup moins. On comprend que Soderbergh ait voulu éviter tous les pièges que renferme le biopic, à savoir un académisme mollasson qui part des débuts d'une célébrité à sa mort, avec force clichés, poncifs, passages dramatiques et musique en surcharge. Mais ici, à trop épurer son sujet, Soderbergh s'enlise dans un style faux documentaire sur les rouages et les techniques d'une guérilla réussie. On s'ennuie donc ferme dans les quatre heures que compte ce double film, des débuts, lumineux et triomphants, du Che et son insurrection argentine, à une fin trouble et glauque, toute de gris vêtue, dans les recoins boliviens qui sentent la mort. C'est certes de la belle ouvrage, mais qui n'empêche pas les baîllements.
4/10.

A l'image de son acteur principal, le bon gars aux poches sous les yeux, Tommy Lee Jones, ce film avance pépère mais élégant sur la route bien tracée du polar américain classique. C'est le français Tavernier qui réalise de main de maître, en même temps qu'il doit réaliser le vieux rêve de tourner un polar à l'américaine avec des acteurs qu'il chérit. Cela se laisse regarder sans déplaisir, l'enquête policière dans le bayou de Louisiane (décidément, une région très cinégénique) avance à pas feutrés de vieux loup, et notre intérêt pour ce bon film itou.
6/10.

Bon. Difficile de parler de ce film sans évoquer le coup de théâtre qui survient à son milieu. Disons juste que du film social banal (un couple sans le sou voit débarquer dans leur vie un deuxième enfant non désiré, et qui plus est un bébé très bizarre...), "Ricky" bascule bien vite dans le conte fantastique. Et, du coup, en perdant sûrement une bonne partie de ses fans, Ozon invente un cinéma hybride totalement loufoque, décalé, mais pas si nul que ça, au final. Si Sergi Lopez et Alexandra Lamy ont l'air un peu paumés dans cet essai de cinéma osé, l'ensemble reste une surprise originale, un peu ratée et un peu fébrile, mais en tout cas suffisamment étrange pour ne pas rapidement tomber dans les oubliettes.
5/10.

Wok'n'woll...sista !
Très bonne surprise faite par un réalisateur de films romantiques à deux balles. Le pitch est rébarbatif (l'existence malmenée des radios libres anglaises dans les années 60), la mise en scène pas extraordinaire...et pourtant, un film trépidant qui donne envie de bouger son cul du fauteuil et de se trémousser au son de la bande originale absolument géniale (Stones, Kinks, Who, Small Faces, Procol Harum, Beach boys, Otis Redding, the Supremes, David Bowie, Cat Steven, Leonard Cohen,...). Du coup, le film devient presque un clip géant sur l'Angleterre pré-punk, avide de sexe, d'alcool, de fumette et de liberté face à l'Angleterre conservatrice et droit dans ses bottines, mais ce clip est bien bon, et devient l'atout majeur de ce grand bol d'air frais british. Yeah...
8/10.

Autre grand bol d'air frais, frenchy cette fois, la suite des aventures de l'espion con, raciste et gros beauf : OSS 117. Toujours campée par le génial Dujardin (son meilleur rôle encore à ce jour), toujours réalisée par Hazavanicius, cette suite est au moins aussi bonne et drôle que le premier opus déjà bien poilant. Humour ravageur, situations ubuesques, parfait rendu des années 50. Le tout reste un excellent moment.
8/10.


mercredi 21 octobre 2009

Vis ma vie de Doc-hebdromadaire ! part. 2

10h30.
Une heure à passer avec ma nouvelle 6ème BriseNoix 2009/2010, la 6ème Flaubert dont je vous parle depuis le début de l'année, et pour cause : c'est en permanence du n'importe quoi majuscule, une classe avec des moteurs de recherche internes défaillants, des Google-victims débarquant d'une autre planète.
J'attaque par la face Nord d'un pic extrêmement osé en ce début d'année : une revue de presse...
Les Flaubert ont sous les yeux un quotidien à feuilleter, lire par bribes et commenter. Toutes les photos sont commentées avec force "mmmahhhh....", "mate le gadji, c'est trop foy.....", "m'sieu, comment les gens ils arrivent à pas mourir dans les flammes des bombes"....je préfère pas faire de commentaires, car primo j'ai pas le temps, deuzio cela ne va pas servir à grand chose de les reprendre là-dessus, laissons tout cela mûrir, tertio c'est le meilleur moyen de laisser arriver les perles ! et une pour démarrer - les élèves ont compris qu'un "quotidien" est un journal qui paraît tous les jours. "et un journal qui paraît toutes les semaines...?" ose-je, en rajoutant, grossière erreur, "pensez au cousin du chameau..." et là, les réponses fusent "chamelien, chamélique, chaumélien..." puis "dromadure, drominien....". je cède "non, hebdomadaire". Et là une petite voix "ah ben, vous aussi, vous êtes un hebdromadaire, on vous a tous les jeudi !"
Voilà. désormais, je suis un Doc-Hebdromadaire.

10h45.
Grand fou que je suis, je leur demande de choisir le sujet qui semble a priori les intéresser dans le journal qu'ils ont entre les mains. Des deux sujets préférés (la grippe H1N1 et les plus grands pays musulmans), c'est le dernier qui l'emporte d'une courte main levée. Aïe aïe aie...

Je le sens.
Je sens que, forcément, les ennuis vont démarrer, vu le sujet chaud bouillant et les élèves à moitié demeurés (désolé d'être aussi brutal mais il faut parfois se rendre à l'évidence...). Mais je ne m'attendais pas à ce genre de délire...
Devant une carte représentant les pays qui comptent le plus de musulmans pratiquants, Ottawan lâche : "mais m'sieu, elle est faute, cette carte (oui, vous lisez bien, il a pas dit "fausse" mais "faute"). C'est dans tous les pays qu'il y a des musulmans, parce que Allah il est partout, Allah il est vivant dans tous les pays, on le voit pas mais on sait qu'il est là, Allah, il existe partout".
Re-aïe, sujet glissant, j'allais préparer mes patins pour évoluer en triple axels et double salto tel le roi de la glace quand Addadasurmonbidé me coupe net dans mon double saut périlleux :
"ouais, Allah, c'est comme le père Noël !"
Je me tourne vers Addasurmonbidé, l'air concerné, sourcils froncés. Bon, il a pas l'air de plaisanter, pour une fois. "Je comprends pas, jeune homme...quel est le rapport entre le père Noël et Allah ?
- Ben ils sont partout !
- Oui, enfin, le père Noël, on peut pas dire quand même qu'il existe comme Allah..."
Erreur, grave erreur...
"Ben si, il existe, le père Noël !
- Ben ouais, surenchérit Dalida, c'est comme la petite souris !
- Non, c'est pas pareil, intervient Géronimo, le père Noël il habite à Leclerc !"

Bienvenue dans la quatrième dimension.
Je suis vraiment fatigué, et là, je sens que je perds pied, mais qu'en même temps, je vais vivre un grand moment. Entre temps, monsieur Vichicélestin, descendu chez les CPE avec des élèves qui erraient dans le couloir, est juste derrière la porte, presque caché, et en train de se plier de rire. Moi, je ne ris pas, je n'y arrive pas, l'hallucination totale l'emporte sur la moquerie. Et surtout, surtout, je n'ose penser que ce que je crois est vrai...(en voilà une phrase qu'elle est bien moche mais que je ne sais pas comment le dire autrement !!)
Je les stoppe dans leurs discussions dignes d'un hopital psy :
"attendez...attendez là...on va faire un sondage"
Ils A-DO-RENT les sondages.
"Qui pense que le père Noël existe, à Leclerc ou ailleurs ?"
Et là l'impensable se produit : la moitié des doigts se lèvent, même pas avec hésitation.
Consterné, je suis. Tout comme Ottawan. Il fait glisser le sondage vers le débat argumenté.
"Hé mais vous dites n'importe quoi. Il existe même pas le père Noël, celui du Leclerc il est faux, c'est papa et maman qui mettent les cadeaux dans le sapin, vous êtes fous, vous".
Le pauvre se prend une avoinée de "ouuuhhhh", "tais-toi", "tu dis n'imp'"....la bronca pour Ottawan, limite seul contre tous.
Houmpa-Loumpa se fait l'avocate de la défense (si j'étais présumé coupable, même gratos, je la voudrais pas pour me défendre, la Houmpa-Loumpa) et se lève, fiérote, déclamant de sa plus haute voix de crécelle comme un orateur romain : "Moi, je sais, je l'ai VU, le père Noël, VU avec mes yeux ! Il était à Leclerc, même que son traîneau, ils le gardent dans les congélos de Leclerc et ils le dégèlent pour Noël pour qu'il distribue les cadeaux !"
Je suis entre la jouissance de vivre un grand moment de pédagogie différenciée et d'acculturation optimale, et la consternation totale qui m'abasourdit un peu et m'enlève le courage de gueuler. Je continue donc sur la lancée, je fais fi de ma déontologie professionnelle, allons-y gaiement !
"Ok, tu l'as donc VU, mais est-ce que tu lui as PARLE ?
Pas de réponse. Le débat va peut-être d'un coup être avorté.
Mais c'est sans compter sur Cassandre qui n'avait pas encore réagi. Je me dis, avec le recul, qu'elle préparait son entrée fracassante...jugez plutôt :
"Moi, m'sieu, je lui ai PARLE. Tu fais le 36 30 sur ton téléphone, et tu lui parles au père Noël. Il m'a dit que si je me portais bien, j'aurais la Nintendo DS à Noël. Juré."
Je vous jure à mon tour (car je sais que pas mal de personnes parmi vous pensent que je fabule, que j'en rajoute - ce qui est souvent vrai dans les discussions de tous les jours) que tout est vrai, et même là, je me contente du minimum. Juré.
Je suis semi-décomposé, les mômes qui s'en foutent débattent entre eux sur ce sujet brûlant, Vichicélestin qui est toujours derrière la porte, avec probablement une flaque sous ses pieds depuis le temps qu'il se bidonne, et moi qui tente de faire un bilan de ce débat surnaturel.
"Je RECAPITULE" - silence de mort, genre "on va voir si le prof il a enfin capté que le père Noël il existe".
"Donc, le père Noël habite au Leclerc de Perpignan Nord, son traîneau est stocké dans les congélateurs du magasin, son numéro de téléphone est le 3630 et il est partout comme Allah et la petite souris".
"VVVOOOIIIIILLLLLAAAAAAAA" clame la moitié de la classe, sous l'oeil désapprobateur de Ottawan, l'oeil moqueur de Youssouf, l'oeil torve de Houmpa Loumpa, et l'oeil circonspect de Dayana qui dit très doucement "moi je pense qu'il existe, mais je veux le voir avant". Presque logique, Miss Dayana.
Et j'ose l'ultime question qui tue.
"Mais je comprends pas bien : comment ce père Noël peut être à la fois à Perpignan, à Paris ou même à New York pour distribuer les cadeaux aux enfants ? Comment c'est possible ?
Et là, impassible et le regard méprisant, Dalida :
"pffff...ben le traîneau, M'sieu".
Ah ben oui ! Suis-je con.

Je pense que si j'étais en train de creuser ma tombe de suicidaire, je serais déjà au fond. Je n'en reviens toujours pas. La 6ème Flaubert, des mômes de 12-14 ans, résidents de cités violentes et bien ancrés dans un quotidien dur, croient encore au père Noël. Allez leur parler ensuite des médias en crise, des conditions difficiles des photo-reporters, ou de l'esprit critique face à la masse d'infos dont nous sommes abreuvés. Allez-y, risquez-vous...

La sonnerie retentit. Ils se ruent dans le couloir la tête farcie de grosses conneries, mais avec quand même une grande partie de rêve, ne leur enlevons pas ça...
et ça me fait penser que je suis même pas revenu sur le cas de la petite souris.
Petite souris / Allah / Papa Noël : même combat.

11h25. Besoin de faire une pause..(suite au prochain billet)

mercredi 14 octobre 2009

Vis ma Vie de Doc-hebdomadaire ! part. 1

Un jour comme les autres à Bahutland...

8h15.
Le long couloir s'éclaire peu à peu, j'ai encore pas mal de mètres à parcourir avant d'atteindre le C.D.I. mais je vois et j'entends déjà un petit bonhomme marteler sur la porte en continu. Des "toc, toc, toc" interminables, l'élève de dos ne change pas de posture, ça ferait deux heures qu'il frappe ainsi que je n'en serais pas étonné. je m'approche doucement, pas encore super réveillé, et je lui dis doucement "bonjour..."
- AAAAAHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH !"
Un bond en arrière terrible, il se fracasse contre la porte qui a déjà reçu pas mal de coups, un peu terrorisé. Pour ma part, ça y est, je suis bien réveillé. L'élève reprend peu à peu son souffle :
- Qu'est-ce que vous faites là, m'sieu ?
Soufflé que je suis, à mon tour.
- Ben euh...comment dire...j'arrive.
- Mais d'où ?
- Ben euh (bis...)...de chez moi, de ma maison...
Il se retourne et pointe le doigt vers la porte du C.D.I.
- Mais...vous habitez pas là ?
Pincez-moi, je dors, là. Je m'imagine subitement avec un lit-baquette au C.D.I., dans la réserve, avec mes plateaux-repas froids de l'armée le soir, m'endormir en lisant un des 10000 bouquins du C.D.I. à la lumière des néons, et me réveiller le lendemain courbaturé, me faisant un petit sachet Nespresso granules en attendant l'arrivée des élèves...Chienne de vie.
- Ben euh...(ter...)...non, Biloute, je vis pas ici, j'y travaille, c'est tout. J'ai une vraie maison, loin du collège.
- Ah...
Je suis un briseur de rêves...et je me soigne. Le môme s'éloigne un peu contrarié mais surtout super surpris, et il ajoute :
- C'est nul pour vous ! Je suis sûr que votre maison elle est moins bien, y'a moins de livres et de nordinateurs !"
C'est pas faux, c'est pas faux...

*************************

9h20.
Je pars récupérer les élèves déjà en étude et qui veulent venir au CDI. Terry, un surveillant, me prévient : "y'a deux classes en étude, deux profs absents. Ils sont en surchauffe."
Bon, je m'approche doucement de la fournaise, à peine entre-je dans la salle d'étude que j'entends :
"aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh..."
manquent plus que des bras levés et on se croirait à l'entrée des équipes de foot au Stade de France pour une finale de Ligue 1.
Passée cette Ola brouillonne, je lance un "bonjour, qui vient au CDI ?" et une forêt de mains est offerte à mon regard inquiet. Plus de 25 élèves = plus de gueulantes à pousser dans quelques minutes. Mais je me décide, bon seigneur, à alléger l'étude qui me paraît à bloc et 25 élèves me suivent comme une nuée de criquets.
15 minutes après avoir rangé les sacs dans les casiers, récupéré leurs carnets de correspondance et leur avoir rappelé le règlement du lieu (en gros, tu bosses ou tu lis et surtout tu la fermes pour le respect de tous), la nuée de nuisibles prend place, les uns devant les ordis, les autres sur les fauteuils moelleux de l'espace lecture, quelques rares studieux sur les tables de travail.
L'heure va se passer à peu près calmement, une seule perturbatrice foutue à la porte 5 minutes pour se calmer un peu (les animaux moches, ça la fait rire, elle tient plus). J'ai à peu près de la chance, une heure quasi normale, je peux avancer sur les compte-rendus de projets demandés par ma hiérarchie.

10h15. La récré.
Pendant que des mômes courent dans les couloirs, échappant aux surveillants comme aux remarques de profs, ces derniers se réunissent pour un quart d'heure autour de la machine à café, de la photocopieuse, de la poubelle à clopes dans l'espace fumeur à l'extérieur. ça gueule, ça rigole, ça se consterne, ça hallucine, ça s'énerve, ça se fatigue déjà même si la journée a à peine commencée, de vrais ados. Je bouffe deux pépitos en sirotant un café noir de chez noir, on déconne avec trois collègues, la soupape de sécurité dure 10 minutes, mais elles sont précieuses.

10h30.
Le père Noël va bientôt débarquer -> suite au prochain billet...

mardi 13 octobre 2009

The Perle du jour...

Une gamine me lit mon horoscope.
"Aujourd'hui, vous aurez quelques problèmes domestiques..."
Elle se retourne vers moi :
"M'sieu, vous avez des problèmes avec vot' chien ??"


Autre perle, musicale cette fois :

vendredi 9 octobre 2009

Coeur de pirate

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Avec ce genre d'artiste, ce sont deux camps qui s'affrontent : ceux qui adorent et ceux qui détestent. Je fais malheureusement partie de la deuxième catégorie. Que ceux qui apprécient cette artiste stoppent donc net cette lecture...


Coeur de pirate, c'est Béatrice Martin, 19 ans au compteur, québécoise blonde et mignonne, seule au piano, avec ses textes et sa voix. Après tout, rien de bien offensif, dans le monde du folk ou de la chanson à texte, elles sont quelques-unes à continuer de faire vivre de belle manière ces genres musicaux. Sauf que là, plutôt que de perdurer élégamment le terreau du folk-blues féminin, Coeur de pirate le massacre sans vergogne, de sa petite voix souffreteuse et ses textes indigents.


On peut trouver des excuses à Coeur de pirate : son jeune âge (mais on est pas obligé de commencer si tôt non plus), son origine (n'a-t-on pas déjà assez de chanteuses québécoises ?), des textes jolis et innocents (y'a un moyen très intéressant également pour coucher ses états d'âme et émois post-adolescents : les blogs...). Enfin, je ne vois qu'une raison à l'arrivée et au succès de Béatrice Martin : la place que prenait la première dame de France dans la musique est aujourd'hui quelque peu vacante.


Sur l'ensemble de cet album assez inécoutable, dû en premier lieu au chant à la limite du supportable, il y a néanmoins quelques trouées d'air un peu frais : le duo avec Julien Doré, une berceuse appelée Berceuse (sic...) tellement classique qu'on a l'impression de l'avoir entendue mille fois (mais ça passe), et le single Comme des enfants au refrain qui vous bouffe le cerveau trop longtemps...


Mon fils de quatre ans aime chanter "oui je t'aime encore, et moi je t'aime un peu plus fort" ad libitum en tournant sur lui-même comme sur une gentille valse. Il a choisi son camp, je vais pas lui en vouloir pour autant...Quant à moi, je me jette encore et toujours sur l'oeuvre de Barbara, autre femme au piano, mais qui n'est pas prête d'être détrônée...



Jean-François Lahorgue

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Editeur : Barclay / Universal
Date de parution : 2009

La vérité sur Marie

9782707320889.jpgD'abord, il y a le désir et le sexe. Ensuite, la fièvre et les tourments. Enfin, l'incendie et la sérénité. Trois moments qui font l'acte sexuel, ses préliminaires et sa postérité. Trois moments qui sont les trois parties du nouveau roman de Jean-Philippe Toussaint. Et le roman de clore, de plus, une trilogie commencée par Faire L'amour et Fuir. Une trilogie sur Marie, personnage féminin insaisissable, excitant et mystérieux, dont on pense enfin, avec ce dernier ouvrage, connaître ses secrets, son dessein, sa vérité.


Plutôt que d'exposer frontalement le pourquoi du comment de ce fantasme de femme, Toussaint préfère nous dévoiler le véritable but de l'amour. Sa trilogie n'est finalement que des tableaux, des situations exposant des relations amoureuses, volcaniques ou larvées, silencieuses ou extatiques, fiévreuses ou platoniques. Et le tryptique présenté ici clôt de magistrale manière sa démonstration des difficultés dans l'apprentissage du désir et de la passion.


La Vérité sur Marie débute dans une nuit caniculaire et étouffante où les corps moites s'échauffent et s'éteignent aussi rapidement. Marie appelle le narrateur à son chevet après l'arrêt cardiaque de son amant, rencontré au Japon pour des affaires hippiques. Le narrateur et Marie se sont aimés, séparés, restés amis. Un tourbillon de la vie qui renaît ce chaud soir parisien, pour bifurquer sur la rencontre tumultueuse entre Marie et Jean-Christophe de G., cet amant décédé depuis mais aussi fougueux à leur rencontre que les chevaux dont il s'occupe. Surgit à cet égard, au milieu du livre, un intense épisode où on essaie d'embarquer dans un avion pour la France un pur-sang taciturne en pleine tempête de pluie. Passage aussi étonnant que puissant, au lyrisme évocateur assez inhabituel chez cet auteur. Que l'on retrouve avec plaisir sur le troisième volet, sur l'île d'Elbe, déjà présente dans Fuir, où Marie séjourne après le décès de son père et où le narrateur la rejoint pour des derniers instants de sereine félicité, de plaisir retrouvé et de corps dénudés, à peine meurtris par un violent incendie qui ravage tout, sauf les sentiments qui les unissent depuis toujours.


J'ai beau dévoiler le fil de l'histoire, pas très originale, je ne peux en rien gâcher le plaisir de la lecture : car avec Toussaint et sa Marie, c'est à un beau voyage littéraire que le lecteur est convié, emboîtements sensuels d'éléments déchaînés, de situations inédites et de passions tourmentées. Ecriture quasi cinématographique, personnages ouatés et suggérés, descriptions hallucinantes de faits plus ou moins intenses, Toussaint fait de petits riens des touts d'anthologie, avec une maestria que peu d'auteurs en France sont capables de mener jusqu'au bout de leur désir. Et chez lui (uniquement...?), tout n'est finalement que désir...



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La Vérité sur Marie, de Jean-Philippe Toussaint
Editions de Minuit
205 pages - 14,50 €
Date de parution : septembre 2009

mercredi 30 septembre 2009

Pov' mômes...

J'anime au sein du collège un club journal, manière de sensibiliser les élèves au monde des médias, de leur apporter un minimum de sens critique, et leur faire travailler un peu l'écriture et la lecture. Par contre, on est pas en cours, ils ont donc tout loisir pour choisir les sujets sur lesquels ils veulent écrire et débattre. A part deux élèves, qui adorent émettre leur avis sur la crise financière, Barack Obama, les travers de notre gouvernement, la grippe et les risques sanitaires, c'est plutôt le rase-mottes général quant aux thèmes abordés : la catch, les animaux dangereux, les océans, le foot, la mode, les jeux vidéos, les "bébés-siamois-qui-zont-été-séparés-par-le-docteur-mais-que-ça-a-pas-marché-que-un-il-est-mort-maaammaaaaa-ça-fait-de-la-peine", voilà en vrac les passionnants reportages que mes journaleux veulent en Une de leur canard préféré.

J'ai mon petit harem de fidèles, quatre années qu'ils tiennent la barre de ce club réservé à ceux qui mangent à la cantine (80 élèves seulement) ET à ceux qui aiment animer et écrire dans un journal. Bref, y'a pas foule, mais c'est tant mieux, je me vois mal avec une équipe de rédaction de plus de dix membres. Cependant, chaque rentrée approte son lot de curieux 6èmes qui s'inscrivent au club "pour essayer". Et cette année, je sens que cela ne va pas être triste. D'abord, il y a César, totalement azimuté, qui balance des phrases sans logique, pas toujours compréhensibles, et qui te parle en ayant toujours les yeux en l'air ou sur les côtés : pas net, le gars. Et avec une idée d'article différente toutes les 20 secondes. Plus rapide qu'une dépêche AFP, le César.

Mais il y a mieux (ou pire), y'a Tonio. Tonio s'excuse mille fois d'avoir cinq minutes de retard à ton rendez-vous de début de club, parce que la maman de Tonio a fait un dessert un peu trop en retard et qu'il a pas eu le temps de le manger à l'heure, c'est pour ça qu'il est en retard, Tonio t'explique (à cinq centimètres de toi) qu'il veut venir au club journal parce que ça l'intéresse de faire des choses de journal dans le collège paskil vient d'arriver et qu'il est nouveau et que il veut savoir comment c'est bien ou pas de faire du journal avec des élèves et que c'est mieux aussi paskil veut pas rester trop chez lui à midi pour pas embêter sa maman qui fait la vaisselle et qui est fatiguée, Tonio sait pas comment ouvrir l'ordinateur paskil en a pas chez lui et que il paraît kil faut un code mais qu'on lui a pas donné paskil est nouveau et que il faut attendre que le monsieur des ordinateurs il vienne pour donner les codes à tout le monde et qu'en attendant il sait pas comment faire, Tonio dit toujours s'il vous plait paske sa maman lui a dit qu'il faut parler comme cela aux professeurs pourqu'ils nous écoutent, et Tonio demande s'il peut prendre une chaise pour s'installer devant l'ordinateur mais que monsieur il faut quand même que vous veniez pour me mettre un code que j'ai pas paske le monsieur de l'informatique, il a dit que....

Tonio est gentil. Je ne veux pas dire de mal, mais effectivement, il est gentil.

Petit et mince, tâches de rousseur, yeux bleus très clairs et très vides, coupe improbable (hérissée devant, mullet derrière), Tonio ressemble à un footballeur allemand des années 80 qui aurait oublié de s'épaissir. Tonio m'a déjà épuisé, il a obtenu un code informatique (le mien en attendant), scrute l'écran de l'ordi bloqué sur la page d'accueil de Google, et plonge dans les méandres de son cerveau pour trouver une idée originale à traiter pour le journal, et voilà-t-il pas qu'il me porte l'estocade finale, moi qui suis déjà sur les rotules :

"Monsieur, je peux faire un article sur ma mère qui vient d'avoir un nouveau travail chez Leclerc ?"

Bon, je vais oublier ma grande ambition de les faire réfléchir sur la crise que traverse les médias et les journalistes.

"Euh....moui, pourquoi pas, Tonio ? Mais attention, et là, je m'adresse à TOUS, n'oubliez pas que vous écrivez dans un journal, qui va être lu par TOUS, donc il faut penser que ce que vous écrivez, les autres vont le lire, cela doit les intéresser, pensez des sujets qui peuvent intéresser le maximum de lecteurs, d'accord ?
-D'accord, monsieur, répond Tonio, je vais écrire sur le nouveau travail de ma mère, alors".

Allez c'est le début, on va y aller mollo, je m'approche de Tonio :
- Comment tu vas commencer ton article ? Tu vas peut-être parler de ta maman, de ce qu'elle faisait avant ? Elle avait déjà un travail ? Ou elle s'occupait de ses enfants, de tes frères et soeurs ?

Et là, le grand déversoir des âmes s'active, sans respiration.
- Non mais en fait, ma mère elle a changé de travail paske elle avait trop mal au dos, ils ont pas voulu la garder dans l'usine où elle mettait des salades dans du plastique et qu'après, des camions ils amenaient les salades dans des magasins et des marchés pour que les gens ils achètent les salades de plastique que ma mère elle a emballé. Et après, elle a rien fait pendant plein de jours et elle pleurait un peu. Et puis Leclerc l'a appellé et alors là, demain elle va commencer son travail de chez Leclerc elle est contente paskelle est augmentée dans son travail maintenant elle fait caissière et elle va passer les légumes et les paquets et après les gens lui donneront la carte de banque pour payer elle pourra leur parler aux gens, elle est contente.
Tonio rayonne, moi moins, j'ai du mal avec ces déballages, mon petit coeur saigne.
- c'est vraiment bien pour ta maman, je suis très content pour elle.
- Alors, je peux écrire sur son nouveau travail ?
- oui, tu peux.

Sans commentaires.

***********************************************************************
Le mardi suivant, nouvelle séance du club journal, César in the sky with diamonds est physiquement présent, Tonio aussi, mais beaucoup moins présent.

"Alors, Tonio, on va finir l'article sur ta mère ?
- Non, je vais changer l'article sur ma mère, je vais faire sur le foot qu'on fait au collège à midi.
- Mais pourquoi ? Il est bien cet article !
- Oui, mais c'est paske ma mère elle a plus son travail à Leclerc, elle a trop mal au dos et elle peut pas faire la caissière assez longtemps, alors Leclerc il a dit que l'essayage c'était pas bon et que Leclerc allait pas la garder au magasin pour la caisse. Alors je peux plus faire mon article."

Il me regarde de ses grands yeux tristes, en me souriant. L'idée de l'article sur le foot le botte.

Il suffit parfois d'un Tonio épuisant pour te donner envie de faire la révolution. Ces élèves, qu'ils soient gentils ou difficiles, vous tuent lentement. Avec chacun leurs méthodes.

vendredi 25 septembre 2009

Fa-ti-gué...

donc rien de tel que deux petits morceaux savoureux pour se requinquer. Gageons qu'à leur écoute, vous aurez envie de siffloter, respirer l'air à pleins poumons, danser comme des faux rappeurs en agitant deux doigts devant le nez type street credibility, chanter, sauter partout comme des idiots, mover, faire le sexe, lever les bras en l'air comme si vous êtiez la roi (reine) du monde, hurler, se déhancher, dodeliner de la tête, s'envoler, faire le con, courir à donf, plonger dans l'eau froide, pogoter en faisant semblant de connaître les paroles que vous captez même pas, faire des bisous à tout le monde, aimer, vivre.
Et, last but not least, ces deux artistes sont français !
Bon week-end !



samedi 19 septembre 2009

Du single génial au morceau niais, y'a qu'un pas...

Deux morceaux qui trottent dans la tête, deux singles qui caracolent dans le top des ventes et des diffusions radios, et pourtant...d'un côté, la très pulpeuse Scarlett Johansson et sa voix chaude type Amy Winehouse aide un jeune guitariste doué, Peter Yorn, à se faire un nom. C'est rockabilly, stylé, classe et entêtant, le single dans toute sa splendeur.
De l'autre côté, une jeune blondinette annône d'une voix plutôt crispante (lire "nasillarde") des mélodies souffreuteuses empruntées à la Carla Bruni (sans voix suave), avec paroles insignifiantes et piano easy-listening de rigueur. mais très entêtant aussi - dans le mauvais sens du terme.
Ma question : peut-on aimer ces deux succès à la fois ??



mercredi 16 septembre 2009

Des tripes, du sang, des larmes...et des morts qui dansent.

Blog de mon collège saison 2.
Comptez pas sur moi pour vous faire voir des zolies photos de vacances, vous narrer mes baignades, mes journées bricolage-jardinage, mes soirées poteaux ou mes embouteillages sur les autoroutes du soleil, on est pas sur fessebouque ici.
Donc, même pas d'excuse valable pour le trou estival et béant sur ce blog, on reprend à zéro, c'est la rentrée réelle comme virtuelle. Et comme elle a démarré sur les chapeaux de roue, autant ne pas se priver.
Les rentrées se suivent et se ressemblent quelque peu. Le premier jour, c'est les retrouvailles, les "comment ça va ? putain comment t'as pas bronzé t'es resté deux mois en Bretagne ou bien ? eh mais toi t'as l'air déjà crevé ! non mais j'étais hier encore en Andalousie tu comprends plus tard je reviens mieux je me porte. tu m'étonnes...". Ce sont aussi les nouveaux (peu nombreux cette année) que l'on scrute en se demandant s'ils vont tenir le coup face aux mômes, certains qui pleurent déjà d'avoir été mutés ici, d'autres qui ont l'air motivés, prêts à ne pas céder face au cyclone ado qui débarque dès le lendemain. Ce sont aussi les anciens, visages qui rassurent, d'autres qu'on avait oublié un temps et qu'on n'a pas envie de revoir là maintenant aussi tôt, d'autres qui nous manquaient depuis un bon moment, d'autres avec qui on aime partager neuf mois de galère et de rires. Mais ça, c'est la première journée, cool, décontractée, chemise-short-tongs, emploi du temps, cour et salles vides, le calme avant la tempête...
Jour 2, 3, 4 et suivants...
Ils sont tous là. Bigre, on les avait presque oubliés, d'ailleurs certains noms ne me reviennent pas. Les 6ème ont l'air gratinés cette année, déjà une prof de maths qui vient de les avoir quatre heures et un élève qui sort de sa classe à midi et se retourne "vous êtes qui, déjà, m'dame ?", et d'autres qui ont l'air carrément dans la quatrième dimension mais à leur décharge, le premier jour dans un collège, c'est difficile pour tout le monde. L'originalité de cette rentrée, disons ce qui marque le plus, c'est la gitanerie ambiante. Non pas qu'il y ait davantage d'élèves gitans cette année, mais disons qu'on les entend beaucoup. Trop. Et qu'ils se font sacrément remarquer, à grands coups de beuglantes mains frapées claquettes au sol. Un vrai festival de flamenco dans les couloirs du collège et aux portes des classes, allant même jusqu'aux recoins du C.D.I. où des complaintes s'élèvent, narrant le malheur d'être obligé de se taper un livre sur Madame Bovary alors qu'on préfèrerait être dehors. Cette rentrée, plus que les autres rentrées, le collège ressemble à une immense salle de casting de la "Star Ac'" : ça chante, ça danse, ça rejoue des scènes des pires vaudevilles, ça tragédie à tout-va, je vous raconte même pas le nombre de Molières et de Victoires de la Zique qu'on aurait pu décerner en même pas une semaine. Grosse fatigue.
Mais passons du plan général au détail qui tue.
La 6ème Flaubert, donc. La classe où on connaît pas le nom de la prof alors qu'on a passé 4 heures avec elle. Elle débarque au C.D.I. avec son prof de français monsieur Vichicélestin qui, pourtant habitué aux classes pénibles, se dit que là, on a atteint des sommets. Séance de découverte du lieu de culture et d'information, et recherche autour de l'écrivain dont la classe porte le nom, ainsi que sur son oeuvre. Pendant que les élèves essaient d'écrire le travail du jour, je dépose à côté de chacun d'eux un dictionnaire. Mais, en m'approchant de Cassandre et lui posant un peu trop fort l'épais ouvrage sur sa table, celle-ci bondit d'effroi en reculant et en hurlant : "RRRRHHHHAAAAAA mais il est fou lui ! Tu veux que moi je lise çAAAAAAAAA"...
Tiens, ça faisait longtemps, le son mélodieux mais très guttural des gitanes qui se pètent la gorge (en te pétant au passage un tympan), juste pour te signifier qu'elles ont un avis à donner.
"Mais Cassandre, c'est un dictionnaire ! Tu ne vas pas tout lire, il faut juste chercher des renseignements sur Flaubert..."
- MMMAAAAAA je sais pas moi je suis pas une payou !"
Fait évident, même si je vois pas bien le rapport. Après quelques minutes un peu lourdasses à rappeller le principe d'un dictionnaire (certains avaient l'air d'en voir un pour la première fois de leur existence), tout le monde se met à feuilleter les pages à la recherche du mot propre demandé. Ambiance intimiste, quasi religieuse, personne ne bronche, ne reste que le son des feuilles tournées, on se repose. Pas pour longtemps...
Djizeuss (comme ça se prononce) se met à hurler "las tripas, las tripas, LAS TRIPAS !!!!" en se levant comme s'il avait vu le diable dans le dico.
PAUSE.
Pourquoi Djizeuss ? parce que. Sachez, tas d'incultes sur la question manouche, que la communauté ne s'embarrasse pas de fioritures et qu'elle est souvent d'une imparable logique. Par exemple Mike, son prénom sur le papier s'écrivait "Maïke" ; et quand je lui expliquais que j'avais jamais vu ce prénom écrit ainsi, en lui montrant l'autre orthographe, celui-ci m'avait répondu : "rhha mais non, là tu le dis Mique, ça va pas". Vraiment imparable, la logique.
Djizeuss, donc, "la chose" de la 6ème Flaubert. Un truc incontrôlable, pas vraiment méchant, juste imprévisible et super pénible.
FIN DE PAUSE
Je fonce sur Djizeuss, toujours en train de hurler "LAS TRIPAS, LAS TRIPAS" debout, le doigt pointé sur une page de dictionnaire. Je regarde cette page. Une planche en couleurs, anatomie du corps humain, muscles, viscères, nerfs. Et les intestins. Les tripes, quoi. Couleur sang et blanc sale. Las tripas.
Je regarde Djizeuss, comme possédé, genre L'exorciste avec de la gomina dans ses cheveux moitié décolorés. Je regarde ensuite Monsieur Vichicélestin, complètement blasé, avec sur son visage une expression inconnue, à mi-chemin entre "non mais je rêve" et "suicidez-moi, là". Nos regards se croisent, et, là, ce que l'on redoute souvent : le fou rire. On se retourne tous les deux, dos à dos, visages un peu dissimulés, tentant de renfermer nos débuts d'éclats de rire, Dieu que c'est rude, avec l'autre qui continue à psalmodier ses tripas devant une classe à la fois ébahie et souriante, un spectacle gratos, ils en redemandent. Tout cela dure à peu près deux minutes. Une éternité quand tu es en séquence avec élèves.
Et tout à coup, il referme le livre, énervé. Il se tait un peu, puis recommence à maugréer des phrases sans sens, mais estimant qu'il a gagné son coup, il a fait rire l'assistance, le mec est pas peu fier de son interprétation. C'est le moment de régair, Vichicélestin semble désarmé, j'ordonne donc à Djizeuss de se calmer ailleurs, en l'occurence hors du C.D.I., à la vie scolaire. Djizeuss refuse pas, il s'avance même vers la porte que j'ai ouverte, en effectuant un pas de danse à la moonwalk, probablement un dernier hommage au roi de la Pop. Celui-ci doit se retourner dans sa tombe, l'imitation de Djizeuss est même pas digne d'un roulé à la Aldo Maccione. Un ridicule assumé, trop fort le Djizeuss, il attend même les encouragements de sa classe qui ne viendront jamais, bonjour la vieille honte.
Arrivés tous deux à la vie scolaire, je lance calmement : "je vous ramène ce jeune homme qui hurle comme un possédé parce qu'il y a des intestins sur une page de dico, et qui se prend pour Michael Jackson". Les surveillants me regardent, sourire en coin, ils me connaissent, et, visiblement, ils connaissent bien Djizeuss aussi. Ce dernier a pas l'air bien content de ma description des faits, il se retourne, regard mauvais, bovin mais mauvais : "eh mais quoi tu dis, toi ? moi, je suis Mikaeulle Jaquesaune, moi, regarde, moi, je sais le faire comme lui" et c'est reparti pour un Moonwalk de chez Lidl. Et je pars en balançant :
"Non, jeune homme, Michael jackson, c'est Michael jackson, et Djizeuss, c'est Djizeuss !"
Cloué, le King of ze Loose.
C'est vrai quoi, on peut pas être deux rois à la fois...

vendredi 3 juillet 2009

lundi 25 mai 2009

Palmipède


J'ai un principe (à la con, certes, mais j'aime bien les principes) : je vais toujours voir en salles le film qui reçoit la Palme d'Or à Cannes.

Et bien là, cette année, je n'en ai aucune envie. Pour plusieurs raisons : le cinéaste, et son sujet.

"Le Ruban Blanc" est réalisé par Michael Haneke, et traite de l'éducation ultra-permissive au début du 20ème siècle en Allemagne. Isabelle Huppert, présidente du jury du festival cette année, a déjà joué dans un de ses films, "La Pianiste". Elle y incarnait un professeur de piano sectaire et sado-maso, rôle ingrat qui lui a valu la Palme de la meilleure actrice. De là à penser qu'il y a eu connivence hier soir...toujours est-il que, pour ceux qui connaissent le cinéma de Haneke, "Le Ruban Blanc" risque d'être aussi dérangeant que chiant. Comme pratiquement tous ses films. Haneke aime la violence froide, les relations sèches et arides entre gens qui s'aiment comme ils se haïssent, le tout filmé en général de manière méprisante et longue à mourir.

C'est du cinéma antipathique, dénué d'émotion, du cinéma que je déteste (mais que beaucoup qualifient de brillant, les goûts et les couleurs...). Je n'irai donc pas voir "Le Ruban Blanc", entorse à mes principes, je risque de pas m'en remettre.

Quant au sujet, c'est l'exact contraire de la précédente Palme d'Or, "Entre les murs", qui proposait une vision réelle de l'éducation aujourd'hui, avec de plus, un débat amorcé sur les enjeux futurs de l'enseignement et de la citoyenneté. Que nous apporte le sujet de Haneke ? Revenir aux méthodes rétrogrades du tout-répressif ? Vaste sujet, si certains veulent en discuter...



Hier soir, j'ai vu "Etreintes brisées", le dernier Almodovar. Il est magnifique, exactement le cinéma que j'aime, même si le tout manquait un peu d'émotion. Mais j'y reviens très vite...

Et, juste pour en finir avec Cannes, il devient évident que les professionnels du cinéma désirent porter au pinacle des films qui n'auront aucune chance de succès ( à part le Jacques Audiard, peut-être)...désir de récompenser des confrères ou envie de soutenir des films voués à l'échec ?

Passé les paillettes et les orgies nocturnes, Cannes reste Cannes, laboratoire expérimental du cinéma exigeant et hermétique...Bon courage.

lundi 11 mai 2009

Je sommes Immortels...

Saviez-vous que la plus belle chanson du moment est française ? Allez, cadeau...

lundi 4 mai 2009

Films de 2009 (1/5)

Malgré mon emploi du temps de ministre, je m'octroie de temps en temps une virée, seul ou accompagné, dans les salles obscures. Et c'est l'occasion aujourd'hui d'une entorse de cheville à la con, m'obligeant à rester allongé pour une journée, que de survoler ce premier tiers de l'année 2009 passée dans les salles de cinéma. Premier bilan - et premier constat : c'est pas gégène. Soit je deviens très exigeant (et l'amateur de séries télé que je suis ne peut que constater le fossé qui commence à se creuser entre le petit et grand écran en matière d'audace scénaristique), soit la qualité du cinéma actuel est inquiétante. Dans tous les cas, je vais pas y aller par le dos de la cuillère, je sens déjà les remontrances et critiques qui vont pleuvoir. Tant pis, j'assume...!

Janvier 2009



On commence fort. THE film de cette année pour beaucoup de monde, à commencer par "les professionnels de la profession" qui ont couvert de prix le dernier film de Danny Boyle. De ce metteur en scène, je n'ai aimé que Trainspotting. Et mon top n'est hélas pas chamboulé...
L'histoire a pourtant tout pour plaire, l'histoire qui fait rêver : un pauvre gosse de bidonville qui devient millionnaire en répondant à des questions qui ont modelé sa vie. Jusqu'au final tout en amour, gloire et beauté. Là n'est pas le problème principal. C'est plutôt dans le traitement que cela déconne : l'esthétique "filtre et toc", tout en jaune safrané, de Boyle, donne obligatoirement un aspect publicitaire au film. Ce dernier, du coup, fait le grand écart entre ce qu'il propose (l'Inde pauvre mais orientée Bollywood et d'un point de vue très occidentalisé) et ce qu'il est censé dénoncer (misère, maltraitance et réussite sociale aléatoire dans l'Inde contemporaine). Mixée à cette avalanche clipesque, une musique hybride, faite d'électro indienne et de world lounge, qui dénature complètement le propos initial. Bref, des images pour vibrer d'émotion, mais qui me laissent de marbre.
3/10



Sam Mendes a l'audace de réunir le duo mythique de Titanic, dix ans après leur rencontre flamboyante. Et comme nombre de couples après dix années de vie commune, Miss Winslet et Mister Di Caprio se déchirent lentement mais sûrement. A priori, rien de phénoménal dans ce film qui décortique de manière lisse en apparence l'ennui et le désarroi qui s'emparent des conjoints qui se demandent encore s'ils s'aiment.
Par petites touches, faites de non-dits, de compromis, de désillusions ou de renoncements, Mendes impose un climat malsain et difficile à décrire, entre la ouate et le grondement sourd d'une menace à venir. Quelques éclats de voix et engueulades parsèmeront cette ambiance très diffuse et douce-amère, jusqu'à la séparation ultime. Le final n'est en rien une surprise, on s'y attend d'entrée, la principale qualité de ce film classique mais pas anodin est de laisser la part belle aux acteurs. Deux rôles extrêmement difficiles (le couple normal dans la tourmente sentimentale) mais remportés haut la main, mention particulière à Kate Winslet, parfaite et très émouvante dans sa partition qui ne laisse aucune place au sentimenatisme. Beau film, âpre et étrange.
7/10



Le film, qui a remporté le César du meilleur long métrage cette année, est nul de chez nul. Après avoir couronné deux fois Abdelattif Kechiche et son cinéma engagé et vivifiant, l'Académie des Césars fait machine arrière avec ce ersatz de téléfilm de dimanche soir, mal filmé, peu inspiré, et surjoué (Yolande Moreau est agaçante à force d'en faire des caisses). A destin unique, film d'un commun affolant. C'est limite manquer de respect à la peintre Séraphine de Senlis que de retracer sa vie de manière si banale et ennuyeuse au possible. Je vais me contenter d'admirer ses toiles, merci...
1/10


Février 2009


Allons bon. Ce film a tout pour plaire : réalisé par David Fincher (Seven, Fight Club, Zodiac...), avec Cate Blanchett et Brad Pitt, et relatant une histoire qui pouvait amener son lot de réflexions presque philosophiques sur la vie et le temps qui passe trop vite. C'était encore surestimer Hollywood que de s'imaginer cela. Le résultat est plutôt consternant : 2h30 de romance à l'eau de rose, d'anecdotes inintéressantes sur un personnage finalement pas grandiose, et 2h30 de prouesses esthétiques et d'effets spéciaux dont on se contrefout. Visiblement, Fincher s'est davantage excité à vieillir ou rajeunir ses protagonistes (et c'est extrêmement bien fait, on peut pas lui reprocher cela) que d'embarquer les spectateurs dans un film fort et riche en émotions. Empli de clichés jusqu'à la nausée, gavé de musique tonitruante comme dans les pires téléfilms romantiques, scènes complètement inutiles : le film ne nous épargne rien. Pas même le pensum du genre "profite de la life tant que t'es pas un légume" et autres lieux communs sur les aléas et les "et si..." de nos existences.
En un mot comme en cent : c'est raté. Les 2h30 les plus longues que j'ai connues.
1/10





Pour l'instant, ce que j'ai vu de mieux en 2009. Le nec plus ultra du film indépendant américain, un croisement entre les frères Coen de Fargo et le réalisme social de Ken loach. Le sujet par contre est loin d'être poilant : une maman de deux grands enfants, seule et au chômage, vivant dans une caravane près de la frontière entre les USA et l'Alaska, percute un jour une Indienne qui passe quotidiennement et illégalement des sans-papiers d'un territoire à l'autre, défiant les douanes en traversant clandestinement un lac gelé. Elles décident de travailler ensemble, l'une pour gagner plus, l'autre pour s'arrêter plus vite...
L'Amérique parle enfin de ses laissés-pour-compte, ceux pour qui le bout du monde reste leur survie, ceux qui sont aux marges, géographiques comme sociales, du plus grand pays du monde. En évitant le misérabilisme qui aurait pu alourdir son propos, une jeune cinéaste décrit le monde glacé et figé des réserves indiennes laissées à l'abandon, des no man's land où s'en sortir devient un enjeu de tous les instants, et où démarrer des relations sociales demande des efforts considérables. Elle ose même installer un vrai suspense quant à l'avenir de ce tandem féminin désespéré, une vraie dramaturgie s'installe tout du long et qui nous laisse hagards à la fin. Un film simple et intense, mineur de prime abord, mais qui rassure quant à la vitalité d'un pan du cinéma amerloque qui essaie enfin de voir un peu plus loin que son nombril doré.
9/10





Ouh la belle bouse que voilà. Bon, à ma décharge, j'ai gagné une place pour l'avant-première de ce navet. En tout état de cause, je reste objectif : c'est de la merde. Censé enfin présenter le versant français des productions de Judd Appatow, spécialiste américain de comédies mettant en scène geeks, nolife, bref tout ce que la société actuelle compte d'asociaux passionnés de jeux vidéos ou d'informatique, Cyprien reste surtout un film pas drôle. je n'ai pas ri une seule fois, ce qui reste dramatique quand on est en train de mater une comédie. Pire : j'ai éprouvé de la pitié pour Léa Drucker (charmante) et Catherine Deneuve en me demandant ce qu'elles foutaient dans ce naufrage consternant. Quant à Semoun, c'est inadmissible qu'il ait eu seulement l'idée de construire un film autour d'un de ses personnages de sketch. Déjà, Brice de nice était raté, on sait que c'est une mauvaise idée, mais il a persisté. Des claques se perdent.
0/10



Allez, je lâche le morceau : je n'ai pas été enthousiasmé par le dernier Eastwood... (salve de tomates virtuelles dans ma face).
Si l'on compare avec ses derniers films, difficile de trouver d'énormes qualités à Gran Torino : Clint réalise là une honnête série B, un personnage vu et revu, qui rappelle son inspecteur Harry en plus vieux et plus bedonnant, l'archétype du vieux con de banlieue à qui on la fait plus, militaire en retraite et raciste en activité, qui va haïr puis aimer ses voisins coréens tout en réalisant le fantasme de bien des pavillonnaires retraités : faire sa propre loi de quartier.
Bons sentiments, happy end et tutti quanti : bien que le message soit clair (grosso modo, portrait d'une Amérique encore sonnée d'avoir voté pour Obama), le cinéma d'Eastwood se montre de plus en plus classique et de moins en moins classieux, on est pas loin ici d'une mise en scène sans saveur et pépère, alors qu'on était habitué à de la grande classe tout en contrastes et en subtilité. J'en attendais trop, je suis déçu... Certains y voient le testament de Clint, j'espère que non, vraiment, ce serait dommage de nous quitter avec ce film très moyen.
5/10




















dimanche 12 avril 2009

RE-POS

Les trois dernières semaines ont été plus qu'agitées, avec des morceaux de bravoure tels que je pourrai finir par écrire un roman. Avant de tenter d'en résumer le principal ou de m'atteler à un chantier écrit d'ores et déjà impossible, je me repose en écoutant les plus belles voix du monde. Et rien que pour vous, un léger échantillon. A bientôt les aminches !