
Avec Tarantino, je pensais avoir fait le tour de la question, avoir vu ce qu'il avait à donner, et je pensais que le cinéphile averti ne ferait plus que surfer sur le cinéma-entertainment qu'il avait fabriqué et qui l'avait hissé au rang de cinéaste culte. Sauf qu'avec Tarantino, il ne faut jurer de rien. "Inglorious Basterds" est une nouvelle bombe filmée qui explose de toutes parts. Il ne réinvente rien, mais triture toujours le cinéma de genre et le dynamite de l'intérieur. Ici, le film de guerre, ou du moins le film historique, vu comme l'aurait pensé Leone, Kubrick, Peckinpah. l'Histoire à l'envers (un groupuscule juif décide d'exterminer les Nazis en pleine France occupée), un final qui tord le cou à la véracité, et surtout un vibrant hommage au 7ème art et à son rayonnement international. Découverte chez Quentin : l'utilisation de nombreuses langues étrangères dans les dialogues, ou comment l'incompréhension ou l'abus d'idiomes différents deviennent les clés et les tournants de toutes les intrigues du film. En anglais, allemand, italien ou français, le film demeure savoureux de bout en bout, et désormais, Tarantino, (trop ?) sûr de lui, met sa maestria au profit d'une réflexion plus poussée sur ce que le cinéma peut produire, inspirer et réaliser. Du rêve, de l'insensé.
9/10.

Grosse déception chez Bruno Dumont. Cinéaste toujours exigeant, il s'égare ici dans une démonstration un peu forcée des causes et conséquences poussant certaines personnes au fanatisme religieux. Même si, au premier plan, c'est avant tout l'histoire d'une ado mal dans sa peau qui, par crainte d'oser aimer l'amour physique, pense s'adonner à l'amour spirituel et faire de Jésus son unique prétendant. Dévotion feinte, foi un peu irraisonnée, elle tombera sous la coupe d'un islamiste convaincu qui fera de l'adoration en Dieu de Céline une mise en pratique terroriste. Raccourci rapide, foireux même, de la part d'un réalisateur qui nous avait habitués à bien plus de rigueur et moins d'idées arrêtées. La mise en scène est toujours intransigeante, comme le cinéma de Bresson (et non pas Besson, ne pas confondre ouarf ouarf), mais on a peine à s'identifier à l'héroïne, parfaitement interprétée par une inconnue (comme toujours chez Dumont) et le film laisse complètement de marbre, quasiment raté sur toute sa seconde moitié. Dommage.
3/10.


Les nippons à l'honneur. A une grosse différence près : "Departures" est condamné à décrire un Japon d'exportation, apte à plaire à la communauté internationale (L'Oscar du meilleur film étranger en est la parfaite preuve), un film assez démonstratif sur la culture du deuil au pays du Soleil Levant. Un film très élégant, mais qui n'évite pas les poncifs et les clichés, et qui reste au final un peu chiant. "Tokyo Sonata" ne l'est pas du tout, chiant. Au contraire, Kyoshi Kurosawa, adepte des films fantastiques glacés avec fantômes et amours contrariés, change ici de registre et se lance dans la chronique familiale douce-amère, avec un ton à la fois comique et désespéré, et une réalisation magnifique. Cette famille constamment au bord de la crise et de l'implosion tente malgré tout de continuer à exister ensemble, que l'on se réfugisse dans la musique, dans l'armée américaine ou dans ses menus fantasmes personnels. Toujours en équilibre entre le pathos et le convenu, Kurosawa signe son plus beau film, et également un des plus beaux de l'année.
Departures : 3/10.
Tokyo Sonata : 9/10.

Aïe aïe aïe...une des plus fameuses bd "comics" américaines anéantie par la grâce pachydermique de Snyder. Mais pouvait-on attendre mieux du réalisateur de "300" ? Une seule séquence, magistrale, vient sauver les "Watchmen" de l'ennui profond : son générique de début, avec "Times they are-a-changing" de Bob Dylan en fond sonore, techniquement parfait et fourmillant d'idées. Sur les 2h30 suivantes, c'est une gageure d'arriver jusqu'au bout tellement c'est sans intérêt. Une seule envie, replonger illico dans le bouquin.
2/10.

Pareil pour ce film. Gros buzz à sa sortie pour au final, pas grand-chose à se foutre sous la dent. On chausse les gros sabots pour cette descente en règle à peine déguisée des régimes autoritaires actuels, et que le film se déroule en Afrique du Sud n' est pas pour rien dans cette volonté. L'étranger parqué, rebelle aux yeux des autorités qui découvrent l'horreur que peut engendrer l'enfermement, tout ça filmé façon Youtube afin qu'on se sente de suite immergés dans ce film de science-fiction qui ne change pas beaucoup, finalement, des films de ce genre. Je cherche la vraie originalité de "district 9" dont beaucoup ont causé... film habile ok, mais pas réussi.
4/10

Deuxième film pour Mia Hansen-Love, qui se base sur le suicide de Humbert Balsan, producteur de films assez connus, et qu'elle connut elle-même quelques années auparavant, pour réaliser un bien joli film, étrange et doux, sur les relations familiales et le deuil. La première partie s'articule autour de Grégoire Canvel, producteur exalté et père attentionné mais débordé par son boulot, et criblé de dettes au point de se supprimer devant la montagne de soucis qu'il avait accumulé. Il laisse une femme, et trois filles, dont l'aîné va porter le deuil via une enquête personnelle sur le passé trouble de ce père qu'elle vénérait. C'est toute la deuxième partie, après le suicide, qui retient le plus l'attention, notamment grâce à la présence magnifique de Alice de Lencquesaing (véritable fille de l'acteur principal, par ailleurs) et à une émotion simple et sans pathos qui irrigue ce film particulier, un peu difficile d'accès quant au sujet ardu qu'il évoque. Jolie découverte.
6/10.
Au final, mon top 10 de l'année :
01. The Wrestler, de Darren Aronofsky
02. Inglorious Basterds, de Quentin Tarantion
03. Tokyo Sonata, de Kyoshi Kurosawa
04. Frozen River, de Courtney Hunt
05. Un prophète, de Jacques Audiard
06. Les Beaux Gosses, de Riad Sattouf
07. The Box, de Richard Kelly
08. A l'origine, de Xavier Gianolli
09. Morse, de Thomas Alfredson
10. Le roi de l'évasion, de Alain Guiraudie
et s'il en faut 15 !!
11. OSS 117, de Michel Hazanavicius
12. Fish Tank, de Andrea Arnold
13. La-haut, des studios Pixar
14. Welcome, de Philippe Lioret
15. ex-aequo : Good morning England, de Richard Curtis
Les Noces rebelles, de Sam Mendes
et votre palmarès ?






































D'abord, il y a le désir et le sexe. Ensuite, la fièvre et les tourments. Enfin, l'incendie et la sérénité. Trois moments qui font l'acte sexuel, ses préliminaires et sa postérité. Trois moments qui sont les trois parties du nouveau roman de Jean-Philippe Toussaint. Et le roman de clore, de plus, une trilogie commencée par Faire L'amour et Fuir. Une trilogie sur Marie, personnage féminin insaisissable, excitant et mystérieux, dont on pense enfin, avec ce dernier ouvrage, connaître ses secrets, son dessein, sa vérité.






